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Sunday, 15 March 2015

Mairie de Paris vs. le logement en folie : Quoi de neuf ?


Reprenons le blog là où nous l'avons arrêté. J’étais un peu à cran l’autre jour contre la mairie de Paris avec cette histoire de tapis rouge déroulé à AirBnb et sa mise à disposition d'appartements pour touristes alors qu'il y a pénurie de logements à la location. [Rappel de l'épisode précédent].

Quelques jours plus tard, avec Ronald de chez Politeeks, nous avons rencontré Ian Brossat, adjoint au logement (Parti Communiste) à la mairie de Paris, pour lui poser quelques questions sur cette grosse boulette de com' de la semaine passée et surtout faire le point sur ce qui a été fait et ce qui reste à faire en matière de logement dans une des villes les plus inhospitalières au monde pour les revenus moyens.  

Mes notes :

Comment la mairie combat le libéralisme participatif d'Air BnB  ? 

Ian Brossat reconnait un retard à l'allumage, mais la lutte contre la pied-a-terrisation est désormais prise au sérieux.  Il reçoit de plus en plus de plaintes, de voisins, de maires de quartiers pourtant de droite, de commerçants : « si on laisse le processus se développer comme ça, tous les commerces de bouche vont fermer ». Les arrondissements de Paris les plus touchés (4e et 6e) sont aussi ceux qui, à l’inverse de la dynamique globale de la capitale, perdent des habitants.

La modèle initial de AirBnb est perverti, ce n’est pas de l’économie du « partage », mais bien une activité purement motivée par le gain et envisagée « industriellement » par certains. Du libéralisme participatif. Quand des immeubles entiers sont rachetés pour en faire du meublé touristique on est clairement plus du tout dans « l’économie du partage ». Les logements privés pour touristes tirent les loyers à la hausse, excluant la demande locale, forçant en bout de ligne les locataires en difficulté à sous-louer leur logement à leur tour pour continuer à y vivre. Bref, à part AirBnb, le touriste et le proprio du meublé (résident parfois à l'étranger) : tout le monde est perdant.

Ian Brossat confirme que vingt personnes s’occupent pleinement de la lutte contre les meublés touristiques. « Ils font un gros travail (traque des annonces récurrentes sur les sites, enquête sur dénonciation, PV), mais ne sont pas assez ». L'adjoint au logement déplore également que la justice  traîne parfois sur ces dossiers.

La lutte contre la sous-occupation du foncier à Paris ?

Paris additionne surtension locative et zones désertes : « Un dixième du parc global est inoccupé ». La construction n’est donc pas la seule solution pour détendre la situation. Il faut réinvestir des logements vides. Deux méthodes pour persuader les proprios : l’incitation et le bâton. 

L'incitation. Une mesure est lancée depuis une semaine par la ville pour encourager les propriétaires à remettre leur bien sur le marché : Multiloc. Les proprios recevront 2000 euros pour la remise en location d'un logement inhabité, entre 2500 et 10.000 euros pour sa remise en état. L’assurance contre les risques locatifs et les diagnostics techniques leur seront également financés. Les agences immobilières se chargent de trouver le locataire, pour un loyer inférieur de 20% à la médiane du quartier (sous plafond de ressources – très large – bref, 90% des parisiens sont éligibles). Les cibles sont la classe moyenne et les jeunes actifs.

Le bâton. Il n’y en a qu’un véritablement : la taxe sur les logements vacants (doublée en 2013 par Cécile Duflot). Là-dessus la ville n’a pas de marge de manœuvre, c’est le gouvernement qui décide. Ian Brossat  trouve la taxe « mal fichue » et mal récoltée. Elle n’est appliquée que sur 16.000 logements à Paris, alors qu’il y en a 50.000 durablement vacants (vides depuis plus de 2 ans, 59.000 selon EDF). A mon sens, la taxe n'est clairement pas assez dissuasive, et devrait être pensée comme progressive au fil des années (en partant du taux actuel, jusqu'à devenir totalement dissuasive au bout de dix ou quinze ans d'inoccupation).

L’autre gros paquet de logements potentiellement disponibles à Paris : les bâtiments militaires et le parc foncier de l’Église. Dans des zones déjà déficitaires en logements sociaux, plusieurs casernes militaires en sous densité occupent des terrains de la ville (sur lesquels l’État ne verse aucun loyer). L’adjoint veut regrouper les casernes dans le 19e et libérer ces espaces pour faire du logement social. Une première caserne (Reuilly) est en cours de réhabilitation. Pour l’Église, des négociations seraient en cours.

Insalubrité et taudis : Changer de logique.

Je vous renvoie au billet de Ronald. L’insalubrité diminue en global sur Paris, mais change de forme et nécessite d'évoluer dans la façon de la traiter. Il faut « raisonner en terme de logement individuel et non plus d’immeubles ». Un nouveau dispositif législatif est mis en place depuis peu pour permettre la préemption d’appartements dégradés, et ainsi faire entrer la ville dans les copropriétés.

Logements sociaux : Optimiser et améliorer.

Même si la ville atteint les 20% de logements sociaux, il y a encore un gros problème de mixité géographique et sociale (40% des demandeurs refusent les logements proposés à cause de leur localisation). La moitié des logements HLM de Paris sont situés dans le Nord-Est, les quartiers les plus "populaires" de Paris, si le terme veut vraiment encore dire quelque chose à 8000 euros le m2 de prix moyen. Après des années de blocage, des chantiers sont en cours dans le 16e arrondissement [NDLR : quartier à haute teneur en joncaille ajoutée et teckels à doudoune Marithé François Girbeaud], d'autres sont déjà inaugurés après des années de résistance du gang des carrés Hermés. J'en ai déjà parlé : la clé d'un quartier à la fois tranquille et vivant, c'est le mélange des revenus. En résumé, il faut des CSP+ chez les pauvres et des classes populaires dans les quartiers huppés (et l'on se rend vite compte dans Paris que les vrais ghettos sont d'abord ceux des riches).

Une optimisation de l'occupation des HLM est également visée (changer des logements trop grands ou pas adaptés pour des personnes seules ou âgées), avec la création prochaine d’un site pour favoriser la mobilité dans le parc en interne : «  Un seloger.com du parc HLM pour proposer des logements correspondants aux attentes (superficie, quartier) ». J'attends de voir, mais bon pourquoi pas.

Tweet @IanBrossat 06.03.2015 
(L'égérie de la Manif pour Tous occupait un HLM de 173m2 depuis 1984).


Dans le bon sens, mais lentement.

Mine d'or pour certains, sources de revenus conséquents dans un pays où le travail ne rapporte plus assez, le logement est une place forte de la société française : un besoin fondamental devenu marché. En plus de sa superficie réduite, d'une centralisation excessive (Le nouveau ministère de la guerre occupant tout le bas du 15e arrondissement était-il vraiment indispensable DANS Paris ?), la capitale est prisonnière d'un de ses moteurs économiques : le tourisme. Anne Hidalgo, comme son prédécesseur, joue à fond la carte du rayonnement international. L'invitation de Brian Chesky à la mairie il y a deux semaines (avec en bonus le côté "Paris kiffe les start-up") est symptomatique de cette contradiction entre la demande locale et internationale.  Des choses se passent donc dans le bon sens à l’Hôtel de ville en faveur du logement populaire à Paris (et c'est toujours mieux d'y avoir un communiste en charge). Lentement trop lentement, mais la volonté est là.

Illustrations : S.Musset, exposition Paris Habitat, 100 ans de ville, 100 ans de vie, Palais de l'arsenal, Paris.

Thursday, 26 February 2015

Paris ville ouverte (à AirBnB)


Ça fait cinq ans que la Mairie de Paris répète qu'elle agit contre le boulet de la pied-a-terrisation de la capitale. On peut légitimement penser que recevoir avec tapis rouge et macarons sous les ors de l’hôtel de ville  Brian Chesky est, au minimum, une boulette de 'com. Avec son site AirBnB, le trentenaire américain a accéléré comme personne un business de la location courte durée et de la sous location totalement opaque éjectant des milliers de jeunes et de revenus modestes ou moyens du marché locatif parisien. 

Rappel.

Il y a quatre ans, je commençais à mettre les mots sur ce que j’observais dans mon quartier : un changement complet de population en rotations de plus en plus courtes et fréquentes, avec des vagues de CSP+ à Delsey sur roulettes, des teufeurs à Redbull et de la viande saoule réassortie tous les trois jours en moyenne. Il s’agissait des premiers effets pervers du succès d'AirBnb à Paris. Le site de partage d'appartements ne faisant qu’amplifier à l'année et faciliter un phénomène déjà préjudiciable pour les aspirants locataires locaux : la location de meublés à des touristes. En deux ans, l’immeuble du quartier Odéon dans lequel j’habitais s’est quasi intégralement transformé en hôtel, taisant son nom, avec le catalogue des nuisances attenantes : bruit à toute heure, poubelle dans les couloirs et… extermination de l’offre locative traditionnelle dans une zone où la demande est pourtant forte.

Mettez-vous à la place du proprio. Pourquoi ne gagner QUE 1200 euros par mois avec un deux-pièces quand on peut en gagner 4000 et en garder l'usage un week-end sur trois (sans passer par la case fisc, le tout payé sur internet et sans visite) ? 

A l’époque déjà, la mairie de Paris s'engageait à renforcer les contrôles avec ses…. 10 agents pour 20.000 logements.  Quatre ans après, le nombre de logements concernés a presque doublé, le nombre d'agents est resté le même. Le Figaro évoque une quinzaine de condamnations en 2014. Houla, ça fait trembler. Je comprends mieux l'urgence de recevoir le patron d'AirBnb pour rassurer les multiproprios bailleurs : "N'ayez pas peur, on vous aime quand même. Vous allez continuer à vous engraisser grâce au ricain."

(Sens-tu sur ce cliché la détermination du premier adjoint de la Mairie de Paris à lutter contre la location touristique abusive et l'explosion des prix du locatif dans la capitale ? source : France24)

Certes des mesures ont été prises. En fait une principalement. Paris imposera désormais aux propriétaires transformant leur bail locatif en bail commercial (encore faut-il faire cette démarche, ou être contraint de la faire) de financer la surface équivalente en habitation dans le même arrondissement. C'est déjà trop tard dans le centre de la capitale : 'apu de place. A l'occasion de la visite du wonderkid de la rente locative, la mairie parle d'un arrangement avec AirBnb pour que le site (enfin ses clients) s'acquittent des taxes de séjour. Sans dire combien ni quand. 75 centimes par transaction ? Peut-être 30 ? Peut-être même 0 va savoir, faudrait voir à pas terroriser les touristes non plus.

Étonnant. La Mairie de Paris si fière de pousser de la gueulante contre Fox News et ses No-go-zones imaginaires lèche aujourd'hui les Sketchers de Chesky qui, lui, est un vrai générateur de zones interdites à l'habitation pour les parisiens. Elle lui offre au passage un spot publicitaire géant. Merci Paris. Pas de doute, Paris devient peu à peu un quartier de Disneyland, ou de Pompéi,  avec des vieux possédants et des familles de touristes ra-vies de vivre "comme à la maison" l’authenticité d'une ville qu'elles contribuent à détruire.

Pour les familles, il reste le RER, station pétaoschnock, avec le dernier mp3 des Enfoirés chié dans les esgourdes pour patienter entre deux pannes.
Le jeune patron pas con s'en vante d'ailleurs tout sourire : Paris est désormais son premier marché  avec 1.8 millions d'"invités" (pour 2 millions d'habitants). Il annonce une grosse fête dans la capitale en novembre pour célébrer le succès de sa start-up (que j'imagine fiscalement optimisée aux petits oignons pour que la France n'en récolte pas un fifrelin). 

Telle ma municipalité du tutelle, je serai intransigeant et exigerai l'heure venue, avec la plus grande  fermeté, une invitation et un pin's vive AirBnb !


Articles connexes : 
Peut-on encore habiter Paris ?
Paris, l'immobilier en pointe
Peut-on encore habiter Paris ? #2

Thursday, 27 June 2013

Dans l'antre du libéral de l'immo


Libéral est furieux. Contre la ministre du Logement évidemment. Dans l’idée, il n’aime pas l'intervention de l'Etat et que celui-ci puisse renforcer l'encadrement des loyers et lui établisse un loyer de référence. Pourquoi saccager ainsi le fruit de son placement spéculatif lui-même fruit de son travail ! (et d’un avantage fiscal ou d’un héritage éventuellement, libéral insurgé n’étant pas à une contradiction près).

Libéral est en colère, il menace de tout casser : Plus personne d'entre lui ne va vouloir investir, parce que ses rendements vont baisser ! Les mises en vente vont augmenter et les prix de l'immobilier chuter ! Et tous ces logements pas assez chers ça va être la galère !  Terminé les temps de la justice individuelle où Libéral bailleur pouvait faire le bien de tous en multipliant par deux son rendement locatif en dix ans dans les zones tendues !

Mais comment va s'en sortir le pays avec tous ces loyers que libéral n'encaissera plus ? Bah, c'est simple, comme toujours Libéral le moderniste en retournera au cœur de cette révolutionnaire analyse qu'il n'a pas dépassée depuis 30 ans[1] : La France, elle est foutue ! 

Pourtant.

Libéral véhément n’est pas le dernier à gueuler sur le manque de compétitivité du travailleur français. Pas assez productif et ne tirant pas la croissance vers le haut, et pour lequel Libéral conseille un traitement de choc : qu’on le paye moins ce feignant surprotégé et qu’on l’envoie en Chine, et à ses frais, pour voir comment travailler mieux, qu’il y meurt s’il est faible car seuls les forts doivent survivre, et bon de toutes les façons 8 euros de l’heure c’est déjà 15X trop pour celui qui n’est pas entrepreneur !

Pourtant. Le faible prix des loyers (3X moins cher qu'en France) est une composante essentielle dans ce "miracle" de la compétitivité allemande, cet objet de concupiscence des gang-bangs de BFM Business.



C'est vrai que libéral venère, en plus de sa maison secondaire dans le Var, avec ses dix studettes qu'il loue à un SMIC chacune en zone tendue à du touriste japonais ou à de l'étudiant à papa friqué, on ne peut pas vraiment dire qu’il tire la croissance locale.

Même la vidéo-surveillance de sa maison secondaire, il la sous-traite à l’étranger parce que "les tarifs sont plus compétitifs". Et sur le marché du patelin où il a acheté (pardon investi), on est formel : la productivité de la cagette de fraise ou du poulet rôti, Libéral ne la booste que très rarement dans l’année. Comme ses copains se déplacent en meute, ils ont tous acheté au même endroit et désherbé la population locale : "ces péquenauds qui ne comprennent rien au marché". Ou plutôt qui le comprennent très bien, mais trop tard : il n’est plus pour eux.

Mais n’allez pas croire que Libéral hargneux a une dent contre les pauvres. D’ailleurs l’autre jour, sur une route du patelin à l’abri des regards (preuve qu’il ne fait pas ça pour la gloire), il en a autorisé un à venir s'encastrer contre son Cayenne, histoire que le damné goutte lui aussi un peu de son succès. C’est vous dire s’il n’est pas si sectaire, et au fond de lui un peu partageur. Et puis les limitations de vitesse, c'est dépassé. 

Oh, mais attendez. Je découvre aussi dans sa littérature que, dans les cas les plus graves, libéral multiproprio n’a de maison d’aisance que dans ses rêves humides de pouvoir. Que son portefeuille patrimonial en est encore à l'état de fantasmes et le Cayenne à celui de support à branlettes punaisé en poster sur le mur moisi de sa chambre d'ado attardé. Zut. Libéral courroucé a un (petit) salaire minimum garanti et à 27 ans vit encore chez papa et maman, ne disposant pas du capital risque pour se lancer dans la location d'un 15m2 qui boufferait 80% de ses revenus.

Oui, Libéral violent peut aussi être ce neuneu persuadé que vouloir avoir c’est déjà un peu être, et qu’à le regarder pathétiquement singer l’oppresseur chacun en conclura que c’est un vrai winner.


[1] Oui, cette date depuis laquelle le pays a commencé à glisser vers le libéralisme.

Articles connexes:
- Décryptons le cri du libéral de l'immo
- Pauvre petit propriétaire
- L'appel de Duflot : "Dieu est partage"

Thursday, 30 May 2013

Ainsi squattent-ils !


En attendant[1] faites-vous un ciné.

La réalisatrice Marie Maffre a suivi durant deux ans l'aventure du collectif Jeudi Noir et en a fait un film qui sort en salles le 5 juin, Ainsi squattent-ils.

Rappel. Les Jeudi Noir réquisitionnent et occupent des bâtiments vides depuis des années à Paris, offrant ainsi une solution temporaire aux étudiants en galère, parents célibataires, CDD aux dossiers de location systématiquement rejetés[2].

Illégal mais légitime vu le délire des loyers et des garanties demandées pour accéder à la location dans la capitale, relatés ici ou là.



Si les coulisses des actions du collectif sont évoquées, le film est d'abord une immersion dans la vie en communauté dans un gigantesque hôtel particulier désaffecté depuis 40 ans, Place des Vosges.

Brassant l'optimisme résolu, les galères et une fondamentale débrouille, la vision squat choisi est un peu la ligne du récit. Une bulle d'air pour contrer la bulle immobilière. Au fil de petits moments de grâce on s'attache à l'engagement d'une dizaine de squatteurs au cœur du déséquilibre, quitte à en oublier presque la cause de ce déséquilibre: la spéculation immobilière qui, au nom du sacro-saint droit de propriété, écrase toute autre considération. 


Ce rapport de force foncier, entre possédants de l'immobilier et précaires du logement, revient par petites touches: des réactions de riverains choqués que l'on squatte des "bâtiments de cette qualité-là" et l'éternel "on est d'accord avec vous sur le fond mais...". La brutalité se révèle sèchement dans la dernière partie avec les expulsions vues de l'intérieur et la lourde sanction judiciaire et financière finale rappelant au spectateur admiratif que l'engagement ne s'arrête jamais.

Produit sans le concours des télévision, le film sort dans 3 salles à Paris, le 5 juin. Vous trouverez sur le site un courrier à envoyer aux cinémas près de chez vous pour qu'ils le diffusent. 


[1] Désolé, j'ai encore deux trois bricoles à finir avant de revenir plus activement sur le blog.
[2] Si les deux squats évoqués dans le film n'ont pas abouti à une réaffectation des lieux, en revanche des logements sociaux directement issus de l'action de Jeudi Noir Rue de la Banque sont inaugurés sous peu.

Articles connexes :

Friday, 1 February 2013

Le mal-logement en 2013

La fondation Abbé Pierre présentait son 18e rapport annuel sur l'état du mal-logement en France, ce vendredi à la Palais des expositions de la Porte de Versailles

"Les nouvelles sur le front du logement ne sont pas bonnes" annonce en préambule Christophe Robert, le président de la fondation. Quand on épluche le rapport, c'est même pire que ça[1].

Avec 3.642.177 personnes non ou très mal-logées (dont 680.000 privés de domicile personnel) et 8.221.412 personnes fragilisées (surpeuplement, situation d'impayés, personne en hébergement résigné): plus de 10 millions de personnes sont touchées, de près ou de loin, par la crise du logement. On comptabilise également 4 millions de personnes en situation de précarité énergétique et 565.000 propriétaires ou accédant ayant rencontrés des difficultés de paiement de leurs charges ou de leurs remboursements d'emprunts immobiliers. 

Derrière les chiffres, des mères, des pères, des enfants. Chaque cas est un drame, doublé du sentiment d'être dans une impasse. Je vous renvoie à l'intégralité du rapport pour les chiffres, les tableaux et les recommandations.

Du constat, je retiens notamment: 

1 / La généralisation des situations de mal-logement à l'ensemble du territoire. Chacun a souvent tendance à circonscrire le mal-logement à une catégorie sociale ou à une zone géographique. C'est plus complexe. Si les zones tendues sont exposées à des prix vertigineux pour des surfaces réduites et un manque de confort, l'exode des ménages, surtout les plus jeunes, vers des zones rurales n'est pas synonyme de vie meilleure: Isolement, manque d'infrastructures, hausse des frais énergétiques, de garde d'enfants, achat d'une deuxième voiture, zones de faible emploi...  Paradoxalement, ce n'est pas à Paris et dans les grandes villes à loyers élevés que l'on trouve le plus de situations de mal-logement (30% des ménages), mais dans les grandes villes à loyers bas (39% des ménages). Les inégalités sociales et territoriales s’additionnent  Pour l'écrire crûment,  il y a de plus en plus de pauvres dans les zones pauvres, la ségrégation géographique s'amplifie. Les familles intermédiaires sont également prises dans l'étau: impossibilité d'habiter en ville dans une surface décente, ils augmentent leur surface disponible en s'éloignant des centres-ville mais baissent du même coup leur niveau de vie. 

2 / Hausse du mal-logement chez les familles monoparentales et les célibataires. Baisse des ressources, hausse des charges: 32% des familles monoparentales vivent sous le seuil de pauvreté (contre 6.5% des couples avec enfants). A l'heure où l'on parle tant de la famille (et qu'elle reste le modèle standard pour les acteurs du logement), de plus en plus mères seules avec leurs enfants prennent de plein fouet les situations de précarité (une mère célibataire sur deux déclare terminer le mois à découvert). Souvent non prioritaires pour le logement social, les célibataires supportent le plus gros effort financier pour se loger. Ils représentent 39% des ménages disposant de reste-à-vivre inférieur à 500 euros par mois. 

3 / Hausse de la cohabitation subie face aux tarifs, et aux folles demandes des bailleurs. Entre des jeunes adultes retournant vivre chez leurs parents,  des parents (souvent l'un des deux) forcés d'habiter chez leurs enfants, ou encore les couples séparés, mais contraints de vivre ensemble. 


De l'espoir et de la vigilance. 

Avec l'alternance, et l'apparition d'un vrai ministère du Logement et de l'égalité des territoires, ces 8 premiers mois de présidence Hollande (qui, en campagne, avait signé le "Contrat social pour une nouvelle politique du logement" rédigé par la fondation) marquent néanmoins un changement dans l'appréciation d'une fracture sociale qui pèse tout autant sur la santé des individus, l'éducation des enfants que, au final, sur l'économie du pays. On ne peut pas se soigner ou consommer lorsqu'on injecte les 3/4 de ce que l'on gagne dans son loyer, il devient particulièrement compliqué d'avoir un parcours scolaire correct quand on partage 20m2 vétustes avec ses parents et ses frères et que l'on doit faire des rotations pour s'asseoir, ou dans une maison que l'on n'a plus les moyens de chauffer. 

2012 (et une partie de 2013) seront une période de transition. Une grande loi sur le logement arrivera d'ailleurs au printemps.  Des mesures ont été prises, des engagements prononcés faisant souvent grincer des dents aux habitués de la thune qui tombe tranquille prospérant peinards jusque-là, ce qui est bon signe, mais s'il est trop tôt pour en percevoir le résultat. 

Le budget 2013 pose l'objectif de 150.000 logements sociaux, même si le rapport souligne un flou sur la localisation des logements de type PLS (1/3 des logements sociaux aux plafonds de ressources plus élevés qu'un HLM standard, inaccessibles à la majorité des demandeurs). S'ils sont construits dans des zones où il y a déjà du logement social en nombre, cela renforce la mixité et c'est une bonne chose. Si on les localise uniquement dans les coins plus "riches", on renforcerait encore les inégalités territoriales. 

Même si elles ne vont pas assez loin, au rayon bonnes mesures, on rappellera la hausse des plafonds des livrets d'épargne destinés au logement social, la mise en place d'un dispositif d'investissement locatif dans le logement privé pour 40.000 logements à loyer intermédiaire dans les zones souffrant d'un déséquilibre entre l'offre et la demande (avec plafonds de loyer et de ressources inférieurs à ceux du Scellier social), la loi relative à la cession gratuite de terrains publics en vue de la réalisation de logements sociaux, l'augmentation de la taxe sur les logements vacants (on passerait à 25% dès la deuxième année) étendue aux zones d'urbanisation continue de + 50.000 habitants et le renforcement des obligations SRU et des sanctions pour les communes récalcitrantes.  

A la fin de la présentation, Cécile Duflot s'engage à nouveau sur les réquisitions (les premières arriveront en mars), un traitement "à la racine" des propriétaires voyous (logements insalubres ou micros-logements) et sur les questions des expulsions locatives, elle assure qu'"il n'y aura pas d'expulsions de prioritaires DALO sans relogement à la fin de la trêve hivernale [...] - Tant qu'il restera des familles sans logement notre travail ne sera pas terminé." 

Tu l'auras noté, j'ai décidé d'être positif. Malgré le climat budgétaire à l'austérité, ce gouvernement ambitionne de réduire le mal-logement avec en ligne de mire prioritaire ceux qui en souffrent le plus, au lieu de s'acharner à favoriser la rente selon la bonne vieille théorie foireuse du ruissellement en cours depuis 10 ans. Pour le coup, c'est un vrai changement dont on mesure encore mal les effets. Nous sommes arrivés au terme du dogme de la propriété à tout prix qui a placé une partie de la société dans une position de force financière et morale, tandis qu'elle en expédiait une autre dans le mur, invisible et pourtant toujours plus nombreuse. 

Maintenant, nous attendons la transformation sur le terrain.

[1] La fondation pointe le manque d'actualisation des statistiques publiques dans le domaine. Plusieurs chiffres étant basé sur des évaluations de l'INSEE sur le base de mesures qui ont parfois plus de 5 ans. La situation est donc surement bien pire. 

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Monday, 21 January 2013

ÜberAppart révolutionne l'immobilier parisien


"- Y’en a un, là !" 
" - Mais non, quand c’est allumé à l’intérieur, ça veut dire qu’il y'a quelqu’un dedans !"

On la connait tous la complainte du parisien pour se loger. Vous pouvez l’oublier ! Après avoir conquis New-York, San Francisco ou Londres, voici ÜberAppart, service de logement express privé débarque dans la capitale. Il ravira les locataires et comblera les propriétaires !

Le procédé, alliant modernité et libéralisme, est tout simplement révolutionnaire. Avec ÜberAppart, la commande de logement se fait en temps réel, en direct depuis votre mobile.

A toute heure de la journée ou de la soirée, dès que cliquez sur l’application, l’appart à la meilleure offre est immédiatement localisé à proximité.

Grâce à la performance de son réseau centralisé mettant en relation prospect et proprio sur le marché du mètre carré parisien, ÜberAppart vous libère un logement dans les 10 minutes.

Exemple: Banlieusard, touriste, seul ou accompagné, vous sortez un peu imbibé de boîte et vous cherchez, là tout de suite, un endroit pour la sieste ou l'accouplement ? Terminée la galère de la chambre d’hôtel à chercher ou du code de carte bleue à se rappeler: nous vous trouvons ce magnifique studio de 1,56m2 en plein Paris. 

(parquet vintage, couchage japonais et éclairage zénithal, pour ce produit de notre gamme "nature" certifié sans électricité)

Tout le confort à portée de main allié au charme bohème d'une mansarde d'époque. Au prix normal constaté de 330 euros le mois, ÜberAppart vous négocie la couche au tarif préférentiel de 170 euros la nuit.

Le secret de cette réussite, simple et gagnant-gagnant, pour le locataire comme pour le propriétaire ? Une mise à la porte expéditive du précédent locataire par nos videurs professionnels ÜberAppart[1] afin de vous recevoir dans les meilleures conditions au tarif optimum.

24h / 24, trêve hivernale ou pas, dès que vous cliquez sur l'application, l’appartement le plus proche est immédiatement localisé. Vous visualisez l’expulsion du locataire sur votre écran (ici une mère de famille et son fils dans 4m2 Boulevard Brune) avec le temps d'attente indiqué pour que vous puissiez emménager. 

(Pour toute commande, un mp3 du dernier Benjamin Biolay vous sera offert)

Le petit plus + d'ÜberAppart par rapport à la concurrence des marchands de sommeil et des vulgaires propriétaires spéculateurs ? Un verre de punch à la papaye et une verrine de fruits rouges[2] vous attendent dans votre nouveau logement, bref le respect du client et le charme addictif de la vie de palace. Et tout ça pour à peine 20% de plus qu'une nuit à tarif habituel sur Paris[3].

Pas besoin de cash, pas besoin de CDI dans la fonction publique, ni de parents devant se porter caution. Pas de mois d'avance à déposer ni de bite à sucer pour décrocher sa studette, non. Vous êtes directement débité via l’application. Complètement grisant.

Des témoignages de clients: 

" - Grâce à ÜberAppart ce soir j'ai pu conclure ! Dommage qu'il n'y ait pas de lavabo." Nadine M, responsable d'agence de com en province.

" - UBERAPPARTE SAY POUR LES WINNERS." M. Vendetta, bogoss. 

" - Les videurs de ÜberAppart sont très gentils. Tout cela s'est fait avec beaucoup d'humanité et sans gros mots. Euh, si je pouvais récupérer mes papiers ce serait sympa"  Un locataire précédent.

" - Après une bonne manif anti-pédés rien de plus pratique pour se reposer sur Paris." Hervé M, député.

" - Encore une idée géniale que les Français n'ont pas pu avoir, entravés qu'ils sont par le joug  anti-entrepreneurial de notre dictature communiste". A.Verdier-Molinié, tête chercheuse.

" - Très bon concept, mais la déco est à chier". Valérie Damidot, animatrice.


Vous aussi, grâce à ÜberAppart, vivez une nuit de rêve à Paris !

ÜberAppart et Seb Musset vous offrent 10€ de réduction pour votre premier essai, en tapant le code "FuckLeControleDesLoyers"[4]. Finies les galères de la soirée téquila qui finit dehors sous la neige!

Un videur ÜberAppart. (photo non-contractuelle)


[1] ÜberAppart s'engage à ce que chaque videur ÜberAppart, soit "musclé là où il faut et top craquant !".
[2] ou cacahuètes suivant la saison.
[3] Forfait 8 heures. Passé la 480e minute, tarif à la minute [7,80 euros / min]. Expulsion dès nouvelle commande pour l'appartement concerné grâce à l'application ÜberAppart.
[4] Prix moyen de la couche avec la réduction: entre 100 et 350€ la nuit dans Paris intramuros

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