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Saturday, 12 March 2016

Qui sont vraiment les "insiders" ?


Comme anticipé l'escadrille médiatique des VRP de la réforme libérale s'est mise en formation pour dézinguer sur les ondes la mobilisation du 9 mars contre l'infâme loi VallsElKhomri. Étonnant comme ceux qui se targuent de vouloir adapter le code du travail à un monde moderne se gaussent d'un million de signatures en ligne. Les journaux télévisés qui sont déjà à la limite du regardable en temps normal donnent envie de savater l'écran (césar d'honneur à David Pujadas qui a chaque prestation pro-Medef gonfle la pétition de 50000 signatures).  Il va falloir tenir car ils vont marteler, amadouer, tenter de nous avoir à l'usure en jouant du calendrier, d'autant qu'ils ont la quasi-intégralité des éditorialistes multisupports avec eux et qu'ils vont nous vendre, pour une fois, l'argument de la lutte des classes en prétendant que la contestation est bourgeoise, entendre diplômée (comme si cela préservait du chômage longue durée).  

Pour ceux qui ont battu le pavé ce 9 mars à Paris, un constat s'impose : les cortèges sont différents des manifestations habituelles. Bien plus de jeunes, mais aussi un calme déconcertant, une détermination palpable dans des regards sombres. Les phrases qui revenaient souvent : "Ça va au-delà de la loi travail", "c'est la mesure de trop", "ils sont bien décidés à nous faire payer la crise par encore plus de casse sociale...." Le niveau de conscience des raisons de lutter est parfaitement mis à jour, il n'y a pas de manipulation ici, mais des trajectoires personnelles et de l'exaspération. On n'est pas dans le pessimisme de 2010, quelque chose s'est levé là qui déstabilise un gouvernement à cran (le volume de la présence policière autour des ministères rappelle fortement les heures sarkozystes). Comme me le rappelait un syndicaliste l'autre jour : c'est la première fois que l'union se fait aussi vite sur le terrain. "En mai 68, il a fallu attendre quinze jours pour que les syndicats se mêlent de la contestation des jeunes". Ici en quinze jours, nous avons déjà des centaines de milliers de personnes dans la rue (jeunes, salariés du privé et du public, front syndical...).

Hors de sa morgue standard, la seule réponse du pouvoir à ce jour est l'éventualité de "taxer les CDD pour encourager les CDI" (énième pirouette puisque de fait le projet de loi détruit CDI ET CDD en instaurant sans le dire un CDE généralisé contrat à durée éphémère). La rengaine des pro Khomri est simple : les salariés sont des "insiders", des "privilégiés. Tu ne peux pas réduire le chômage ? Détruisons donc le travail. La troisième étape de cette arme de destruction salariale (la première étant la création de l'auto-entrepreneur) sera l'attaque frontale des fonctionnaires. Le récent acharnement du parquet à poursuivre les syndicats en justice (Goodyear, Air France) s'inscrit avec cohérence dans ce grand dynamitage.

Éditorialistes à un Smic par jour et en CDI depuis des décennies d'un côté, politiques déconnectés de l'autre ne connaissant pas plus l'entreprise que le travail et voguant d'un poste à l'autre depuis la sortie de l'ENA, chacun nous vantant la nécessité (pour les autres) de ne pas trop s'accrocher au contrat de travail à durée indéterminée. Se rendent-ils seulement compte de l'indécence ? 

Je ne sais pas s'ils ont l'air du temps avec eux, mais ils ont clairement derrière eux trente années d'échecs dans leurs prescriptions économiques.


Illustrations : S.Musset

Sunday, 6 March 2016

La #loitravail ou la fin du salariat


15 jours. C’est le temps jugé nécessaire par le premier ministre pour que nous comprenions mieux, bande crétins que nous sommes, la loi travail de Madame El-Khomri.

15 jours. C'est le temps jugé suffisant au microcosme parisien mediatico-politco-patronal, enfin rentré des sports d’hiver (comme quoi les congés payés c’est pas si mal), pour décrédibiliser le million de signatures de la pétition contre ce projet de loi merdique et empêcher la cristallisation des contestations. Bon, rappelons ici à ce pouvoir qu'il a cédé en quelques jours face à 30000 likes de #pigeons sur Facebook.

C'est pourtant limpide. 

Dans le parfait prolongement du virage soc-lib de Hollande et du quinquennat hystérique de Sarkozy, on peut résumer ce projet de loi en une phrase. Phrase non écrite, mais qui suinte de chaque article : la fin du salariat.

La loi Khomri donne un cadre juridique à la disparition des salariés.
La possibilité de licencier sans justification économique signe de fait la fin du CDI, mais aussi du CDD. On peut reconnaitre pour une fois à Hollande son caractère révolutionnaire. Il est allé plus vite et plus loin que ce que prévoyaient la droite et le MEDEF : notre entrée de plein pied dans une société du travail où le prestataire de service remplacera le salarié. On pourrait discuter du bien-fondé, économique et philosophique, de la chose (j’ai assez tapé sur le salariat), le problème majeur est ici la brutalité du changement qui laissera inévitablement des millions de personne sur le carreau avec la certitude d’un contrecoup majeur pour la société dans sa globalité en termes de qualité de vie et de santé (et ne comptez pas trop vous enrichir non plus). 

L’économie rêvée des Gattaz et compagnie a besoin de prestataires, corvéables à merci et sur demande, qui se maintiennent eux-mêmes dans une concurrences tirant leurs tarifs vers le bas au lieu de penser collectif, et anesthésiant ainsi grâce au dieu marché toute velléité de révolte. Le tout sans "charges" ni responsabilités pour le donneur d'ordre.

Ça ne réduira pas le chômage mais on s'en fout, vu qu'il n'y aura plus de salariés, il n'y aura plus de chômeurs non plus. Ce seront "les miracles" anglais, allemand et américain enfin réunis sur sol français.

La loi El-Khomri est la phase deux du démantèlement concret du salariat commencée avec la propagation de l’auto-entreprise sarkozyste porte ouverte à l'uberisation joyeuse (du taxi pour le moment, et qui ira de l'école jusqu'au traitement de votre cancer). Sous prétexte de permettre à chacun de se créer une activité à moindre frais, l'auto-entreprise a surtout permis de nous faire travailler pour moins cher en renonçant de nous-mêmes à des droits sociaux, tout en nous sortant des statistiques du chomdu. 

La loi El Khomri est le sarcophage (côté salarié) du code du travail qui le protégeait tant bien que mal jusque-là. C’était un monde où le travailleur, enfin surtout ses prédécesseurs, avaient conquis des droits et allaient vers le progrès, en ayant le temps de bénéficier des fruits de leur labeur. Ce ne sera plus le cas, hors du champ « autorisé » de la consommation.

Il va de soit bien sûr que nous ne demandons pas 15 jours de réflexion pour mieux comprendre. Nous avons parfaitement compris ce que vous attendez de nous :

La ferme, active-toi, consomme où on te dit et péris sans bruit (mais à crédit). 

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Monday, 29 February 2016

Les gueux et les geeks à l'assaut de la #loitravail ?



A défaut d'inverser les courbes, encore une fois, notre clairvoyant gouvernement innove et frappe fort : 

Augmenter les heures de travail des salariés va réduire le chômage. 

Imparable logique arithmétique de l'avant-projet de loi El-Khomri (certes légèrement murmurée par le MEDEF à l'oreille des nigauds gouvernementaux ne connaissant la vie de l'entreprise que via leur brèves excursions biannuelles en tour-opérator sous l’œil des caméras).

Et oui, encore lui, c’est bien ce gouvernement qui a déjà dilapidé 40 milliards (les vôtres) pour acheter 2000 pin’s nous allons créer 1 million d’emplois au dit MEDEF qui se mêle encore une fois d'économie et, pire encore, de temps de travail alors qu'il n'a visiblement que très peu de compétences pour la première et aucune expérience du second. 

Le projet de loi El-Khomri, c'est Orwell,  Philip K.Dick et Francis Veber réunis, avec le gouvernement dans le rôle de François Pignon dans le diner de cons. Sarkozy n'avait pas esquissé la moitié du tiers de ce que ce gouvernement goguenard est en train de détruire au nom du "progrès".

L'avant-projet El-Khomri est le rêve humide à portée de loi de tout ce que la droite n’a pas osé faire au pouvoir (par peur de la rue) en matière d’esclavagisation des masses. De l’idéologie en barre en surfant sur la culpabilisation de l’inactif ? Ça on commence à être habitué : trente ans que l'on vous assène que vous êtes une sous-merde si vous n'avez pas un boulot alors vous avez fini par l'intégrer.  Non, là où les socialistes en carton innovent un chouilla c'est sur la culpabilisation de l’actif. Définition de l'actif : privilégié pas assez productif et trop payé (imaginez que certains à moins de trente ans ont encore quelques euros en poche après avoir payé le loyer de leur colocation, c'est proprement scandaleux). Au passage, j'invite le MEDEF à lire cet article sur ce que coûte au final le "présenteisme" aux entreprises.

 J’ai beau avoir tapé sur les patrons ici même, la plupart de ceux que je rencontre depuis quelque temps (plutôt de la TPE, je reste timide) sont atterrées par la bêtise de cette loi qui ne créera pas un seul emploi tant elle tape à côté. Pire, grâce à elle, les autres boites, les grosses ou celles gérées par des salopards vont pouvoir s’autoriser à être encore plus dégueulasses sous couvert de "modernité" comme dirait Valls  (note que ça rime).  

Résumons à dix ans le paysage social français passé au tamis de la Tchatchérisation sauce Hollande : d'un côté les grosses boites avec leurs armadas d'experts fiscalistes et lobbyistes et qui se goinfreront toutes les aides publiques en pure perte, et les Uberisés de l'autre qui se feront baiser dans tous les sens, trop fiers d'être entrepreneurs (mais à 90h par semaine et sans protection, ce que ne vont pas tarder à devenir les salariés si les porn-libéraux, se servant du socialisme comme diversion pour passer les acquis sociaux au Round-up, poursuivent à ce rythme). Du côté des non-entrepreneurs ce sera plus simple : il y aura les travailleurs qui accepteront TOUT et les chômeurs qui n'auront RIEN. Bref, la société Vallso-macronoEl-Khomrinique ne sera pas celle de Trepalium, mais plutôt cellede Sacdecouchagium: ceux en sac de couchage sous les ponts, et ceux en sac de couchage qui dormiront au boulot.

Vient le bon côte des choses. 

Après ses erreurs, ses cascades de renoncements, de minables calculs politiciens, ces trahisons maladroites, celles assumées, le pouvoir pensait que cette abjection supplémentaire passerait toute seule entre une déchéance de nationalité et un procès de Cahuzac repoussé. Manque de bol le timing est aussi mauvais que le malaise profond : c'était les vacances. Il faut croire que pendant que l’élite de l’analyse économique skie, il ne reste aux crevards, chômeurs ou salariés, qu’une connexion internet pour se défouler. Le pouvoir et ses relais ne s’attendaient pas à une telle lever de boucliers : 8000000 signatures contre la loi travail recueillies sur internet en une semaine : sale coup pour "les modernes".

Ces jours-ci se joue non pas le futur du gouvernement ou l'énième retour de Martine Aubry (ou tout autre détail technique totalement inintéressant vers lequel le microcosme journalistique tend à réduire le débat), mais bien la direction vers laquelle nous voulons que la société aille. C'est plus un choix philosophique qu'économique (en termes d'économie, c'est un non-sens). Au cœur de nos désillusions et de nos abattements, de nos isolements, le passage ou non de cette loi est un test grandeur nature de résistance commune face à la prétentieuse et contreproductive crétinerie des dogmes libéraux. 

Et idéologiquement, ils ont déjà gagné beaucoup trop de batailles.   

[Update 11h59 : Au moment où j'écris cet article, j'apprends que le gouvernement va annoncer un report de la présentation du projet de loi Travail en Conseil des ministres d'après des sources gouvernementales de l'AFP.]>>> Un report n'est pas un retrait. Le combat s'inscrit dans la durée.



Friday, 28 August 2015

Not Safe For Work

Veuillez éloigner les chômeurs et les salariés du poste ce qui va suivre, capturé sur les réseaux sociaux hier en fin de journée, peut choquer (enfin ceux qui ne sont pas illettrés).

Jeudi 27 aout 2015. Tandis qu'à l'Université du PS à La Rochelle on embauchait du travailleur roumain à prix cassé pour monter le stand "Double discours et foutage de gueule", Emmanuel Macron, Ministre de l’Économie, jouait habillement une rentrée hors-série directement au club VIP du syndicat des patrons devant un insatiable parterre :

("- Le lapin ! Le lapin ! Le lapin !")


(Emmanuel arrivé, la fête pouvait continuer.)

 (Alors là il faut imaginer la scène avec le son d'un suave Careless Whisper de George Michael s'échappant de la cabine sono.)
(Tu l'as dit Pierrot, les opportunités fiscales ont été saisies. 50 Milliards de cadeaux et un chômage au top. A propos t'as pas ton pin's "1 million d'emplois" cette année  ?)

(Oui parce que là plus ce serait le travail gratuit.)

  
(Tout ça pour 0.1% de croissance, à Clignancourt j'ai vu des marabouts plus efficaces et pour moins cher. Attention : "C'est ça ou le FN" est une réponse de moins en moins audible.) 


(On y vient finalement. Le travail gratuit + Des enfants. Comme dirait Sophie De Menthon : c'est pas con.)

("- Non vraiment j'insiste Emmanuel. Laisse-moi t'offrir un Perrier à la buvette.")

("- Bon. Ça c'est fait. Maintenant on s'occupe des 35 heures.")


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Le patron et la pitié
Gang-bang à l'Université d'été du MEDEF
Les fantasmes économiques d'Emmanuel et Manuel

Sunday, 12 April 2015

Les fantasmes économiques d'Emmanuel et Manuel

Bénissons Saint Milton ! La politique libérale du gouvernement cartonne ! Les marges des entreprises augmentent, c'est L'INSEE qui le dit. L'institut national prévoit même une hausse "spectaculaire" dès cette année. La reprise est imminente selon L’Élysée. Elle serait déjà là même. Faites gaffe aux giboulées de lingots dans la rue. Sortez K-way et Pataugas sur la route de Pole Emploi. On va glisser sur les liasses !


Dans un publireportage de jene sais plus quel JT suce-boules, en duplex depuis la stratosphère, Emmanuel et Manuel sont fiers d'eux. Choc de compétitivité, crédit d'impôt et pacte de responsabilité ont marché. Pour les marchés. Parce que côté chômage, c'est zéro. Enfin en-dessous de zéro, vu qu'il augmente. En France, on n'a pas de pétrole mais on a toujours des idées de com' à la con pour bien arnaquer le populo : Emmanuel et Manuel ont relooké l’antienne de la reprise imaginaire (avec une petite nuance qui ne manque pas de causticité : la croissance sans emploi).

La preuve. Comme 40 milliards de cadeaux fiscaux aux entreprises ce n'était pas assez, les ministres de droite ressortent en urgence un petit bonus de 2,5 milliards fin mars, c'est la collectivité qui régale. On appelle ça une "aide à l'investissement". En espérant que deux minables petits milliards suffiront à convaincre les patrons de cracher la thune, et facultativement d'embaucher un ou deux pécore, là où quarante n'ont visiblement rien provoqué à part une hausse significative de leur trésorerie. Entre le feuilleton du suicide en A320 et la saga média de notre nouvelle famille royale, (les Jean-Marie de St-Cloud de la haute haine, père et fille), l'indécent cadeau est passé à la rubrique faits-divers. Pendant ce temps, les budgets publics sont dézingués un peu partout. Mais n'allez surtout pas qualifier ça d'austérité, c'est de la res-pon-sa-bi-li-té. Nuance sémantique sur la ligne temporelle : L'austérité, c'est quand le peuple paye pour les projets ratés de son gouvernement. La responsabilité, c'est quand le gouvernement projette de faire payer le peuple pour réussir. On alternera régulièrement l'un et l'autre pour une bonne cuisson à l'étouffée.

Ceci étant écrit, pourquoi le nombre de chômeurs chuterait-il ? Plus d'un tiers d'entre eux ne reçoivent déjà plus aucune indemnité, et ils sont une formidable excuse pour continuer à mettre la pression sur les salariés. Rappel : Les salariés sont les seconds privilégies de la République (juste derrière les fonctionnaires qui eux méritent que Cazeneuve ré-ouvre Cayenne pour les parquer en les forçant à écouter du ZAZ à vie). Ces salauds de salariés, avec leurs maudites rémunérations et leurs multiples couvertures sociales, cause de tous nos maux locaux.

Caricatural ? Voilà donc, entre deux pauses sur la couverture de Voici, ce que le ministre de l’Économie déclarait il y a deux semaines chez nos amis allemands (experts en croissance sur boulots à bas salaire et vol en manuel) :


Et ouais gars, c'est pas con ça : Il y a des chômeurs à cause des travailleurs. Y a pas photo : Le mec mérite ses millions.

Comprenez bien que, au bout du bout des milliards déversés en pure perte dans le "soutien" aux entreprises, les prochaines cibles gouvernementales seront les salaires et les contrats de travail (et les 35 heures, Manu en fait une affaire personnelle). Que les socialos de gouvernement soient économiquement de droite, on s'en moquerait presque (qui ne l'est pas désormais ? Moi même j'épargne jalousement pour m'acheter un paquet de Pépitos rien que pour ma gueule. Dans six mois, je l'ai, vous n'aurez rien bande de crevards). Si ce gouvernement réussit son coup, je serai le premier à le féliciter. Mais le pataquès libéral ne marche pas, ça n'a jamais marché, ça ne marchera jamais. Ce n'est pas en appauvrissant les travailleurs, en les précarisant avec zéro visibilité à six mois qu'on leur donne 1 / Les moyens de consommer 2 / Pour ceux qui ont les moyens de consommer : l'envie d'investir. Il faut avoir le QI d'une amibe ou d'un chroniqueur éco du Grand Journal pour ne pas le comprendre.

Comptons sur nos poltrons pour céder dans l'indolence aux doléances patronales. Après avoir empoché la cagnotte, certains geignent sur leur impossibilité d'embaucher car il serait trop coûteux de licencier. A défaut de croissance, la destruction émancipatrice du CDI est au coin de la rue (ceci dit je ne connais déjà quasiment plus personne en CDI). Le contrat de travail unique, flexible à mort (avec contrat pourri, sans sécu, sans salaire ou à siège éjectable incorporé), nous sauvera c'est promis. Une fois que nous serons tous précaires au long cours et terrorisés au quotidien, l'économie repartira à n'en point douter. Emmanuel et Manuel devraient lâcher la bibliothèque bleue de la libertarée Verdier-Molinié (qui est au droit du travail ce que Zemmour est à l'amour de son prochain) pour compulser les études de leurs propres services, et notamment celle récente réalisée par la DARES montrant que 36% des CDI conclus sur l'année 2011 ont été rompus avant un an, et 50% avant deux ans. Pour les emplois peu qualifiés, la proportion des CDI rompus dans l'année grimpe à 52 %. Sacrément flexible ce contrat de plomb supposé contraindre les employeurs au point de les empêcher d'embaucher.

Nous sommes donc une fois de plus dans l'incantation libérale du gagnant-gagnant, purement fantasmatique pour les trois-quarts de la population. La flexibilité prônée n'est (encore) qu'une optimisation à sens unique des "coûts salariaux". En décodé : moins payer les salariés gonfle les marges, marges qui ne se traduisent pas en embauche ni en investissement mais systématiquement en rétribution de dividendes pour les actionnaires. On devrait commencer à comprendre, ça fait plus ou moins trente ans que ça dure.

D'ailleurs, depuis le retour d'un discours libéral assumé au sommet de l’État, les marchés ne se sont jamais aussi bien portés. Le jour de la confidence berlinoise de Macron, le CAC claquait même la barre des 5000 points. Rappelons les fondamentaux : La crise, c'est quand tu crèves de faim. La reprise, c'est quand tu crèves de faim et que la bourse va bien.

Tuesday, 18 November 2014

La colère de Gattazounet l'assisté


C'est-y pas de l'énervement ça ! Gattazounet Junior veut en finir avec l'Impôt sur la Fortune (juste un gadget fiscal plus symbolique qu'autre chose). Reconnaissons au fils à papa une constante dans la défense des intérêts de son club fermé.

Un article de La Voix Du Nord m'apprend aujourd'hui que Radiall, la florissante entreprise du patron du MEDEF  "n’a payé que 202 000 euros d’impôt l’an dernier, alors qu’elle en recevait 876 000 au titre du crédit impôt compétitivité emploi" (Rappel : Le CICE est un truc magique ciblé avec les pieds qui devait tout résoudre. Comme prévu par tous, sauf par notre secte de croyants de la croissance par subvention du capital, autrement nommée "gouvernement", ces cadeaux aux entreprises n'ont pas rapporté un seul job à la collectivité. A elle désormais de régler une ardoise (entre autres) de 20 Milliards sous forme d'austérité dans sa gueule.

Résumons. Gattaz verse 2, il touche 9. Ça c'est de la compétitivité française ! C'est clairement plus avantageux que les cotisations salariales et ta mutuelle complémentaire. De quoi laisser du temps à mon Pierrot pour chialer dans les médias que le chômeur n'est pas assez salarié et que le salarié, cette dispendieuse sangsue, doit être éradiqué. Ce ne serait pas si grave (si l'on fait abstraction de l'argent qui aurait pu servir à construire des hôpitaux ou payer des enseignants) si notre assisté à l'ISF ne donnait pas le tempo de l'incessant tango du Je t'aime moi non plus avec un gouvernement "pro-business" qui  lui léche les pieds un jour et fait semblant de le sermonner le lendemain.

Pour éviter que l'on me taxe encore d'anti-entreprise : Gattaz est autant une insulte aux travailleurs qu'aux patrons dont la majorité, comme le reste des Français, ne sont pas soumis à l'ISF et dont Pierrot n'a absolument rien à carrer. Rappelons son équation personnelle que nos chercheurs bénévoles ont eu loisir de déchiffrer dans la file d'attente au guichet Pole Emploi :

Pognon public + propagande morale avec violons au JT + salariés pas payés sur optimisation fiscale au cube  = dans la poche à Gattaz.

T'en veux du vrai gros scandale mon Pierrot ? 1% des Français les plus riches possèdent autant que 70% des Français les plus pauvres (en gros nous tous, Étude OXFAM 2014). Et ça, quelque chose me dit que c'est TRÈS mauvais pour "la croissance". La notre évidemment, pas la tienne puisque jamais dans l'histoire de ce pays, les riches moralisateurs du travail des pauvres ne sont aussi bien portés.

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Monday, 15 September 2014

Vers le ras-le-bol social ?


On a trop malmené François Rebsamen. Et s’il avait, avec son ball-trap sur chômeurs capté l’humeur du pays ?, comme Moscovici l’année d’avant avec son ras-le-bol fiscal partagés même par des non-imposables.

De plus en plus, j'entends cette rengaine (hier encore au hasard de deux conversations avec des gens totalement dépolitisés, bref anti-socialistes) : "Les chômeurs sont trop payés et ça ne les incite pas à reprendre un boulot". Ça ne vient pas de patrons geignant pour que le gouvernement leur oigne encore le corps de quelques ors, mais bien de simples salariés qui ont souvent (mais quelle famille n'en a pas) des chômeurs dans leur entourage proche.

La connerie crasse serait-elle en train de triompher ?

Une récente étude du Crédoc tendrait à le prouver. 

Attention ça raye le cerveau :

- 37 % des Français pensent que les personnes qui vivent dans la pauvreté n'ont pas fait d'effort pour s'en sortir. (25 % en 2009). (L'argument génétique n'est pas encore invoqué, mais c'est pour bientôt).

- 53 % considèrent que le RSA n'incite pas les gens à travailler (31 % en 2009). (Et là je proteste : 509 euros par mois, ça ne te permet même pas d'acheter une moitié d'Iphone6 te permettant d'accéder au statut d'être humain)

- 63% pensent que l'aide apporte aux familles très modestes est suffisante (31% en 2009).  (Et si on pouvait en lapider quelques-uns en place publique, ce serait bon pour le moral de la collectivité).

- 64 % pensent que, s'ils le voulaient, les chômeurs pourraient retrouver un emploi. (Et gagner au Millionnaire).

Avec des scores pareils, ce n'est plus seulement l'expression des riches. Au lieu de renforcer les solidarités, la baisse du niveau de vie renforcerait la haine de l'autre, et la recherche de boucs-émissaires. 

La-dessus le discours du Medef servi en trois-huit télévisé imbibe les esprits : la pauvreté, c'est la faute aux pauvres, comme le chômage est la faute des chômeurs, patron = dieu à qui faire quotidiennement des offrandes. Nous ne sommes même plus au niveau de la réduction des idées, mais du court-circuit de neurones via la boite de dérivation du sens critique TNT-TF1-CdansLair. 

Face à cet océan de connerie due à un arrosage médiatique massif de la doxa libérale conduisant les  victimes à épouser la logique de leurs bourreaux, répétons quelques évidences :

1 / Ne sont indemnisés que les chômeurs qui ont assez cotisé (en langage libéral, on appelle ça une assurance). Ce qui nous en dégage une bonne moitié déjà.

2 / Les aides sociales perçues par les familles en difficulté sont, par définition, quasi intégralement reversées dans la consommation de survie (boire-manger-rester propre). A ce titre, on pourrait presque affirmer (allez on l'affirme) que des boites comme Carrefour ou Auchan vivent en grande partie grâce à ce transfert d'argent public via la poche des pauvres. (L'autre partie étant le fruit de leur  optimisation fiscale performante).

3 / Admettons même que certains chômeurs ne soient pas incités à retravailler. N’est-ce pas en raison des salaires de merde qui leur sont proposés ? (Quand il y en a un d’ailleurs, souvent il faut sortir de sa poche pour bosser, c'est sûr que suivant l'équation temps pour soi = richesse, ça calme sec). Le problème n'est pas celui de l’indemnisation trop haute (la supprimer accélérait la paupérisation française donc la chute de consommation, donc la chute de l’emploi, donc le chômage) mais la trop faible rémunération du travail ! (Rappel : ne pas confondre avec la rémunération du capital qui elle augmente). Note : Quand je sors cet argument face à un salarié "outré" par les chômeurs feignants, il m'oppose souvent un : « - Oh bah euh…mais…euh…mais c’est vrai t’as peut-être raison » alors que je perçois sur son visage sa difficulté à rechercher une réplique efficace parmi les milliers d'heures de programmes télés qu'il a bouffés. 

Ça devient (presque) comique quand, en grattant un peu, je découvre que ces salariés moralisateurs sont déprimés par un boulot qu'ils n'aiment pas, où leur salaire s'est transformé en remboursement de crédits, quand il ne sont pas harcelés. Certains chérissent le fantasme de se faire virer pour monter leur entreprise, partir en Angleterre ou en Australie (parce qu'ailleurs ils ont tout compris eux) ou encore de devenir fermier macrobio avec maison d'hôtes à la campagne (une fois leurs indemnités empochées bien sûr, 99% de moi-même pensant que ce scandaleux salaire, même faible, ne les incite pas à avoir le courage de quitter leur boulot).

Bien sur, on attendrait d'un gouvernement socialiste même et surtout impopulaire, qu'il profite au moins de cette défiance pour réaffirmer quelques principes de solidarité et œuvrer pour les plus démunis, et non surfer sur cette vague de rejet des solidarités. Ce ne serait même pas du courage, juste le respect de son programme.

Mais ceci est désormais une utopie.  


Tuesday, 2 September 2014

#Socialimze : Le chômeur fumiste


C'est du déjà vu. A mi-quinquennat, quand sa politique se révèle pire que sans effet, qu'il distribue joyeusement, les yeux embués de confiance, des milliards par dizaines à l'élite ébahie du patronat qui dans deux semaines en demandera le double, le pouvoir qui ne doute de rien cherche des boucs-émissaires : roms, voleurs de mobylette ou chômeur.

Aujourd'hui dans Plus beau le socialisme : C'est François Rebsamen, ministre du Travail, digne héritier de Nadine Morano, Laurent Wauquiez, Marc-Philippe Daubresse ou du plus communiste d'entre eux, Nicolas Sarkozy, qui s'y colle. Et c'est le chômeur qui gagne le gros lot à la kermesse des boulets :


On ne peut rien faire pour l'emploi, éliminons le demandeur.

Rappelons ce qu'est un chômeur. 

Le chômeur est un salaud de privilégié qui n'a plus le malheur d'avoir un travail, ou n'en a même jamais eu de rémunéré. Selon la rumeur, il y aurait d'autres chômeurs, cumulards (ça Rebsamen connait) et supérieurement gâtés qui, en plus de faire le tour du monde en RER, touchent des indemnités pour lesquelles ils ont cotisé. La paresse du chômeur est le ferment de notre croissance atone. Ils sont presque aussi pires que les salariés (Salarié : Le salarié est un enfant gâté ne travaillant pas assez et coûtant trop cher). D'ailleurs les salariés deviennent souvent chômeurs : preuve évidente que nous sommes face à un complot de la vermine assistée contre la grande libéralisation du capital, euh du pays, entreprise par notre gouvernement socialiste. Ajoutons à cela que le chômeur sans visibilité (poste en or dont honnêtement tout le monde rêve) a parfois la chance d'être débarrassé de ces gesticulations administratives qui l'obligeraient à faire de la défiscalisation foncière avec ses multiples acquisitions immobilières.

Si toi aussi, tu sais qui sont les méchants qui plombent notre moral. Soutiens avec moi François Rebsamen, Emmanuel Macron et Manuel Valls, et en avant pour l'avènement d'un pays moderne débarrassé des chômeurs et des salariés, un pays social-libéré où il ne restera plus que des patrons et des retraités multi-propriétaires, avec des esclaves pour les servir et un gouvernement de drauche pour les fliquer. 


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Culpabilisons les pauvres
Faites entrer l'assisté
La Dolce Vita des travailleurs

Thursday, 28 August 2014

Gang-Bang à l'Université d'été du Medef


Chaque année l’université du Medef est ce moment magique où l’on peut voir batifoler dans son biotope, avec macarons sous tente, la fine fleur du fantasme libéral.

Et entre deux tirs sur fonctionnaire, la gueule pleine de petits fours, ça postillonne gras sur le travail trop cher tant qu’il n’est pas gratuit, la fin des 35 heures, la retraite à 102 ans et que le travail des enfants ça serait quand même sympa dans cet environnement concurrentiel mondialisé qui doit pousser ces feignants de français à prendre un peu sur eux. Et le patron repu (oui, le patron de PME est là pour la déco) pleurniche des larmes de champagne sur notre régime communiste tortionnaire n'ayant versé que quarante milliards de cadeaux fiscaux à ce martyr des temps modernes à qui, en plus, il a osé suggérer d'embaucher. (La présence où non d'un salaire assorti à cette embauche n'a heureusement pas été précisée lors de la signature sur un bout de nappe en papier à la fin d'un repas fortement alcoolisé).

Cette année Pierre Gattaz avait donc arboré son pin’s 1 million d’emploi (édition spéciale "dans ton cul, je l'ai fabriqué aux Etats-Unis"), seule contrepartie visible du pacte de responsabilité (subvention pure et simple, et sans retour, de l’entreprise financée sur le dos de la collectivité) concocté sur un plateau doré par notre gouvernement qui, décidément, a le sens du peuple et des mathématiques comme nul autre avant lui.


Fraîchement boosté par la valse de rentrée au gouvernement et l’arrivée du banquier beau gosse qui a gagné des millions Macron à Bercy, ce n’est donc pas un discours social-libéral, ni sociétal-libéral, mais bien libéral-libéral, tendance porno allemand, que le Premier Ministre a livré face à un parterre visiblement satisfait par cette fellation collective.

Le seul avantage de cette confirmation de tendance (au point où nous en sommes, nous reprocherons juste à François Hollande d'avoir mis autant de temps à trahir son programme), c’est qu’elle coince la droite dans les cordes. En effet, elle n’est jamais allée aussi loin (au pouvoir) dans la soumission aux dogmes libéraux. La droite va pouvoir désormais se consacrer à ce qu’elle sait faire le mieux : se palucher sur les pages de Valeurs Actuelles et défiler dans la rue avec des crucifix en appelant à bouter Satan hors de Gaule.

En attendant la merveille sociale et économique qui nous attend (à peine une journée en poste et le loup de Bercy peste déjà contre les 35 heures) nous nous divertirons en lisant les tweets effacés de Manuel Valls.

Illustrations : source, Wolf of Wall Street (M.Scorcese,2013)

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