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Saturday, 12 March 2016

Qui sont vraiment les "insiders" ?


Comme anticipé l'escadrille médiatique des VRP de la réforme libérale s'est mise en formation pour dézinguer sur les ondes la mobilisation du 9 mars contre l'infâme loi VallsElKhomri. Étonnant comme ceux qui se targuent de vouloir adapter le code du travail à un monde moderne se gaussent d'un million de signatures en ligne. Les journaux télévisés qui sont déjà à la limite du regardable en temps normal donnent envie de savater l'écran (césar d'honneur à David Pujadas qui a chaque prestation pro-Medef gonfle la pétition de 50000 signatures).  Il va falloir tenir car ils vont marteler, amadouer, tenter de nous avoir à l'usure en jouant du calendrier, d'autant qu'ils ont la quasi-intégralité des éditorialistes multisupports avec eux et qu'ils vont nous vendre, pour une fois, l'argument de la lutte des classes en prétendant que la contestation est bourgeoise, entendre diplômée (comme si cela préservait du chômage longue durée).  

Pour ceux qui ont battu le pavé ce 9 mars à Paris, un constat s'impose : les cortèges sont différents des manifestations habituelles. Bien plus de jeunes, mais aussi un calme déconcertant, une détermination palpable dans des regards sombres. Les phrases qui revenaient souvent : "Ça va au-delà de la loi travail", "c'est la mesure de trop", "ils sont bien décidés à nous faire payer la crise par encore plus de casse sociale...." Le niveau de conscience des raisons de lutter est parfaitement mis à jour, il n'y a pas de manipulation ici, mais des trajectoires personnelles et de l'exaspération. On n'est pas dans le pessimisme de 2010, quelque chose s'est levé là qui déstabilise un gouvernement à cran (le volume de la présence policière autour des ministères rappelle fortement les heures sarkozystes). Comme me le rappelait un syndicaliste l'autre jour : c'est la première fois que l'union se fait aussi vite sur le terrain. "En mai 68, il a fallu attendre quinze jours pour que les syndicats se mêlent de la contestation des jeunes". Ici en quinze jours, nous avons déjà des centaines de milliers de personnes dans la rue (jeunes, salariés du privé et du public, front syndical...).

Hors de sa morgue standard, la seule réponse du pouvoir à ce jour est l'éventualité de "taxer les CDD pour encourager les CDI" (énième pirouette puisque de fait le projet de loi détruit CDI ET CDD en instaurant sans le dire un CDE généralisé contrat à durée éphémère). La rengaine des pro Khomri est simple : les salariés sont des "insiders", des "privilégiés. Tu ne peux pas réduire le chômage ? Détruisons donc le travail. La troisième étape de cette arme de destruction salariale (la première étant la création de l'auto-entrepreneur) sera l'attaque frontale des fonctionnaires. Le récent acharnement du parquet à poursuivre les syndicats en justice (Goodyear, Air France) s'inscrit avec cohérence dans ce grand dynamitage.

Éditorialistes à un Smic par jour et en CDI depuis des décennies d'un côté, politiques déconnectés de l'autre ne connaissant pas plus l'entreprise que le travail et voguant d'un poste à l'autre depuis la sortie de l'ENA, chacun nous vantant la nécessité (pour les autres) de ne pas trop s'accrocher au contrat de travail à durée indéterminée. Se rendent-ils seulement compte de l'indécence ? 

Je ne sais pas s'ils ont l'air du temps avec eux, mais ils ont clairement derrière eux trente années d'échecs dans leurs prescriptions économiques.


Illustrations : S.Musset

Friday, 6 September 2013

Retraites : La stratégie du renoncement


Un sondage du Pèlerin révèle que 74% des Français sont opposés à la réforme des retraites annoncée par Jean-Marc Ayrault. Bizarrement, c'est peu commenté.

Même les mesures sur les femmes et la pénibilité ne font pas passer la potion magique.

C'est vrai qu'en y regardant de près, c'est encore plus vicieux qu'une bonne grosse réforme de droite.

Les points pénibilité ne sont qu’un hochet. On ne pourra au mieux en cumuler que 2 ans (contre 15 ans de travail à risque), c'est-à-dire juste de quoi revenir à la situation de ...2013. Paye ton avancée sociale ! 

Les points pénibilité c’est aussi, et surtout, faire rentrer dans les consciences le concept de retraite à la carte (individualisée) dans un système mutualisé (pour tous). Bientôt, chacun pourra reprocher à l’autre d’avoir un métier moins dur que le sien et de toucher trop : là aussi un vrai progrès social, et un point d'argumentation prometteur pour de futures réformes. Nos dirigeants veulent que la pénibilité au travail soit reconnue ? Qu'ils augmentent les salaires. En règle générale et quel que soit le boulot, être payé 1000 euros pour 35 heures hebdomadaires, c’est plus que pénible : c’est être insulté chaque mois.

Sur le long terme, rien ne sera réglé avec cette réforme. On reste avec un déficit prévu de 17 milliards à l’horizon 2040, même si j’ai déjà précisé le ridicule de cette somme au moment où l’on vient d’en jeter 20 par la fenêtre en cadeau sans retour pour les entreprises (ponctionnés sur le pouvoir d’achat des Français, et notamment les plus pauvres vu qu'il s'agit d'une hausse de la TVA). Là aussi spéciale dédicace aux idées de gauche, trahies comme il faut.

Rassurez-vous. Dans son grand effort de soutien au pognon, le pouvoir épargnera les entreprises (et ce n'est qu'un début, parait qu'on n'est "pas assez compétitif"). Dans la pratique, les entreprises vont peu contribuer à l'effort de redressement des comptes. On leur baisse d’autres impôts (En plus de la baisse du "coût du travail", Moscovici leur a annoncé la baisse des cotisations familiales à l'UE du MEDEF) qui seront payés par (guess who ?) les travailleurs. 70% de l’effort portera sur les salariés d’ici 25 ans (3.2 Milliards pour les patrons contre 12.8 payés par les salariés). J'espère que d'ici là ils disposeront d'autant de relais dans la presse et à la télévision que patrons et actionnaires (180 Milliards versés aux actionnaires en 2011) pleurnichant depuis deux ans de plateaux TV en tribunes radio sur les "charges" les "asphyxiant".

On travaillera donc plus longtemps (Bien vu la gauche). Ou plutôt travailleront plus longtemps ceux qui auront un travail, la denrée se raréfiant. Scoop, le travail continuera à être de plus en plus rare, euh pardon, flexible. La France atteint un taux historique d’embauche en CDD (82.4%) au premier trimestre 2013. 

Chômage plus souvent + jobs précaires dans plein de secteur +  entrées de plus en plus tardives dans l’emploi et sorties de plus en plus précoces + multiples caisses de retraite (la réforme ne prévoyant étrangement aucune réduction dans le domaine) + hausse de la durée de cotisation = à terme des baisses de pensions pour tout le monde. Je ne sais pas si "on vivra plus longtemps". En revanche, second scoop : c’est bien parti pour que nous vivions pauvres plus longtemps.

Alors oui, certains (en mode Christine Lagarde) s'emballeront sur 0.3% de croissance (anticipé) par l’OCDE. On leur rappellera (mais ils le savent très bien) qu’il faut au minimum 3% de croissance pour commencer à créer des emplois sérieux (non je ne parle pas des jobs allemands à un euro, ou de cette myriade d’autoentrepreneurs bossant déjà autour de moi littéralement pour rien, et sans protection, pour le plus grand bonheur de patrons, pauvres martyrs décomplexés multipliant ainsi leur marge par 2 ou 3 tout en dumpant les salaires à la baisse).

Bien évidemment, il n’y aucun effort de lisibilité des retraites. Plus aucun salarié ne sait combien il touchera, ni s’il touchera quelque chose. Troisième scoop : c’est fait exprès. C’est l’ambition de fond de ces réformes ne résolvant rien se succédant de gauche à droite. Ou plutôt de droite avec caféine à droite sans sucre.

Il s’agit de décourager progressivement les gens, de la faire renoncer (et ça marche). 

Il faut leur sortir de la tête l’idée :

1 / de prendre une retraite tout court (tant qu'à faire si tu pouvais crever en travaillant, ça arrangerait notre dette : ce péché originel des peuples coupables selon le catéchisme dominant de ceux s'enrichissant sur leur dos). 

2 / de toucher quelque chose un jour en cotisant à travers le système par répartition aujourd’hui. (En omettant de l'équation notre démographie triomphante, l'augmentation du PIB, l'accaparement des richesses par les actionnaires ou l'ébauche de l'esquisse de l'hypothèse de payer un peu plus les salariés).

Ainsi peu à peu, par dépit et peur, les salariés sont incités à basculer dans la retraite par capitalisation, les assurances privées ou l’investissement immobilier, pour le plus grand bonheur des banques qui vont jouer tout ça en bourse pour 1 / produire de l'argent nocif 2 / générer de nouvelles crises financières (C'est marrant comme dans tous les coups pourris on les retrouve).

Ainsi, en une génération, tu démantèles en "douceur" un acquis social, sans toucher à certaines grosses retraites actuelles. Au lieu de défendre le système, de l'expliquer, on l'enterre progressivement, en le complexifiant, en l'éparpillant.

La solidarité intergénérationnelle, principe même de la retraite ? Penses-tu ? Explosée ! Au contraire, les instigateurs de cette réforme optent sciemment de jouer les vieux contre les jeunes. Ces derniers prendront (enfin continueront à prendre) tout dans la tronche.

Alors faites ce que vous voulez. Même si je sais qu’il faudrait taper plus concret, plus fort, plus festif aussi, je serai le 10 dans la rue comme à l’époque où nos ennemis étaient au pouvoir. 

Oui exactement comme à cette époque.

Illustration : No country for old men, Coen bros. 2007

Articles connexes :
Ce jour où la gauche a augmenté la TVA
Le choc de compétitivité dans ta gueule
A l'ombre des patrons en pleurs

Wednesday, 6 March 2013

Cet ANI lointain qui sera bientôt le tien


Je regrette Sarkozy au moins pour une chose. A travers sa personne, et presque avant sa politique, il avait réussi à faire l’unanimité de la rue contre lui. L’intelligence de Hollande par rapport à son prédécesseur, c’est de ne pas insulter syndicats et travailleurs. Du coup, il peut se permettre d’aller plus profond dans la réforme. Comme en plus il y va plus vite, la douloureuse salariale risque d'être doublement amère. 

Ce mardi, le cortège parisien FO / CGT contre l’ANI (Accord national inter professionnel accepté par la majorité des syndicats minoritaires) a parfois des allures de veillée funèbre. Dans le prolongement du manque d’enthousiasme des porte-voix, aucun slogan n’est repris par la foule. Il faut avouer que ce type de défilés montre ses limites: pas vraiment glamour, pas lisible pour le profane, avec à certains endroits presque plus de caméras et de policiers que de contestataires et le renoncement à aller jusqu'à l'Assemblée (là où les trépanés de Civitas ont osé). On est loin de l'explosion sociale redoutée par certains au gouvernement. Non. Ça passe tout seul.

Les 15.000 marchent en silence, et ce n’est pas une injure de dire que la moyenne d’âge est élevée, 45/50 ans. Au moins eux se mobilisent. En vacances et en milieu de semaine, le Paris de la dèche turbine et Paris la riche transhume à Courchevel, mais quel décalage avec les cortèges contre la réforme des retraites il y a trois ans! Avec la circulation coupée, les boulevards remontés sont plus paisibles qu'en temps normal. Un comble.

A Odéon, je croise une dame du Front de Gauche. Elle alerte des passants, certains amusés, souvent des touristes, d'autres détournant les yeux comme ils le feraient avec des mendiants:

"- Vous feriez bien de vous y intéresser à L’ANI! Ça vous concerne! Ce sera trop tard après!"

Elle a raison. Si l’on doit citer une seule catastrophe dans ce projet de loi made-in-MEDEF, c’est son arnaque fondamentale enrobée de "sécurité": Quand une entreprise est en difficulté, elle pourra s’autoriser à baisser ton salaire ou augmenter le temps de travail durant 2 ans. Si tu refuses, c’est la porte. Le travailleur réduit à l'état de candidat de télé-réalité, le droit du travail circonscrit à la seule dialectique patronale. Un gros progrès de neuf mois de gauche que même la droite n’avait pas réussi à passer en dix ans de pouvoir. Une entreprise "en difficulté"? Laquelle ne l'est pas? Dès qu'un patron a une tribune dans ce pays, c'est 9 fois sur 10 pour chialer au martyr. Ce salaire à prix cassé autorisé, c’est la porte ouverte aux abus pour une création d’une nouvelle génération d'emplois low-cost. L'important étant de progressivement faire entrer dans ta tête qu'il ne peut plus y avoir de salaire minimum garanti. 30 ans que l’on baisse la fiscalité des entreprises, que l'on est à leur chevet (les grosses, certes) au nom du retour à l’emploi et pour quel résultat? Ce pays explose ses records du chômage et les profits des actionnaires sont toujours plus élevés


Une fois adoptée, compte sur le patronat pour t’affirmer que, bien que nécessaire, la fléxi-sécurité est malheureusement arrivée "trop tard pour pleinement pouvoir produire des effets positifs" et que donc, pour la sauvegarder à son tour (parce que quand même payer moins cher ses salariés c'est cool), il faudra la réformer: comprendre aller encore plus loin dans le démantèlement des droits des travailleurs.

Et, avant même le vote de loi, l'explication de la prochaine "avancée" commence. Je l’entendais encore hier soir sur un plateau d’experts autorisés à te livrer la notice vaselinée de l'escroquerie sociale dont tu paieras la facture, "non, on n’a pas encore tout essayé contre le chômage".

Exact. Il reste encore le travail gratuit. Et si cela ne suffit pas à contenter les actionnaires, on le rendra payant. Si le salarié doit constamment donner des gages de bonne volonté, le citoyen, lui, s'apprécie résigné.

Articles connexes:

Monday, 28 January 2013

Un beau dimanche de fiançailles

C'était une belle manifestation pour le Mariage pour tous. Sous le soleil, de 14h à 17h exactement. Vous trouverez des comptes-rendus de ce dimanche de soutien populaire au texte de loi qui sera examiné demain à l'Assemblée chez Politeeks, Jegoun, Doudette, Elodie, Cycee et d'autres...


Les chaines de priorité au vide continu entre deux tranches d'information orientée, après leur sponsoring des cortèges homophobes d'il y a deux semaines et malgré les promesses d'un traitement équitable, ayant préféré soutenir les droits des sponsors du Vendée Globe: je poste ici quelques photos prises par votre rédacteur.


De mémoire de manifestant, je n'ai jamais vu un truc aussi dense. C'est probablement dû au manque d'organisation au départ et à l'arrivé. Une mauvaise gestion des flux. Au final, je nous estime dans les 200.000. Donc plus du double de la manifestation du 13 décembre. Déjà galère en temps normal, la traversée de la place Denfert-Rochereau sera épique. Certains affirment même avoir vu Jegoun enjamber des poussettes et escalader des barrières. Ou l'inverse.

 
Divers manques de respects constatés pour nos icônes sacrées et les fondements de notre culture. 

 C'est ici que nous avons perdu trois blogueurs, piétinés par les barbares égalitaires. 

2 heures pour 2 kilomètres pour à peine 3 équipes de télévision. Dommage que Florence Cassez n'ait pu se joindre à nous. On aurait gagné 220 cameras d'un coup. 

Moyenne d'âge constatée: 25 ans plus jeune que lors de la dernière manif des réacs anti tout. Ceci expliquant, peut-être, cela.

Oui, et même si cela doit faire polémique, notons la présence de célébrités engagées à nos côtés. Merci à eux. 


Cette dame veut les mêmes droits pour tous. Curieuse idée rétrograde.

17h. Toujours rien sur les chaines d'info. On en saura plus le lendemain sur cette opportune hiérarchisation de l'info: 
"Quand le Vendée globe arrive, quelle que soit l'autre actualité, elle risque d'être pénaliséeCéline Pigalle, Directrice d'I-Télé.


Voilà. Ce n'était qu'un aperçu de la fiesta qui aura lieu après le vote de la loi. 

Et parce que, le soir venu, je suis tombé sous le charme...

A lire aussi :

Saturday, 26 January 2013

Rendez-vous au #MariagePourTous

Pour que cette loi passe et qu'on parle enfin d'autre chose ! 

Parce que c'est aussi toujours plus sympathique de manifester POUR une avancée des droits que CONTRE, rendez-vous demain, Dimanche 27 janvier, dans le cortège parisien de la manifestation de soutien au Mariage pour tous de Denfert-Rochereau à La Bastille.

Parait qu'il y aura du left-blogueur en pagaille dans le cortège et que vous pourrez en retrouver sur le terre plein devant le métro St-Jacques, à 500 m du départ de la manifestation, entre 14h et 14h20 (après je ne répond plus de rien).

Le générateur d'affiches à imprimer est ici. 


Articles connexes :
- Du bleu, du rose et du moyen-âge
- L'Abrutea-Party
- Qui a peur du mariage pour tous? 

Monday, 14 January 2013

Du bleu, du rose et du moyen-âge

Ils ont marché sur Paris contre le mariage homosexuel. Ils visaient le million, ils étaient moitié moins dimanche dernier. C’est néanmoins une grosse mobilisation, un joli pot-pourri de tout ce qui se fait dans le domaine du de l'intolérance et du dépassé, abondamment mis en valeur par des chaines d’information à la communion suspecte (spécialement celle à 3 lettres avec un dispositif qui je l'espère sera équivalent pour la manifestation des pro-mariage le 27 janvier prochain).


A la manif pour tous, ça dérape ! par Bonjourladroite

Et après ? Rien. Non seulement la loi sera votée, nos opposants s’auto-intoxiquant sur la possibilité d'un référendum (c'est anticonstitutionnel), mais la "manif pour tous", malgré son évidente dimension antiHollande, n’aura pas de réelle répercussion politique. Resteront les images du moment de gloire d’une pétée du casque s’égosillant sur la scène du Champs de Mars et de sa caution homo explosant le point Godwin dés la deuxième minute de manifestation, plus une couverture collector du Figaro sur laquelle on se paluchera avec des frissons d'exotisme à droite en attendant la prochaine manif en 2048. On a beau avoir un bon gros financement derrière tout ça: un message du siècle dernier + pas de leader crédible = la tête à toto du poids politique.

Si la "manif pour tous" est un succès de com, je doute que le défilé de dimanche ne rapporte ne serait-ce qu’une seule voix aux partis représentés dans le cortège. Entre positions et discours contradictoires, si le ni-ni confus du FN et de l'UMP ne leur permet pas de s’associer au succès du jour, leur implication dans la manifestation reste suffisante pour que la ringardise leur colle à la peau  longtemps après le vote d’une loi qui rentrera vite dans les mœurs.

Je réitère ma comparaison entre la montée du tea-party US et les mécanismes de mobilisations auxquels nous assistons depuis mai 2012 chez nous, avec ce coup-ci l'église catholique en toile de fond (et les autres se ralliant sans souci à la cause). Pour autant, rappelons que c’est précisément cette montée sur le terrain d’un radicalisme populaire se voulant "apolitique" (mais éparpillé entre toutes les composantes de droite et n’ayant comme seul tronc commun la peur pathologique soit de l'autre, soit d'avoir à payer pour les autres) qui a contribué aux échecs électoraux américains de MacCain, puis de Romney

La "manifestation pour tous" de dimanche a au moins le mérite de nous rappeler de ne JAMAIS mêler religion et république. Ce n’était pas le but de François Hollande, mais en laissant traîner ce texte il a joué avec le feu, laissant ouverte au nom du débat une porte dans laquelle s'est engouffré le tout-venant d'une homophobie décomplexée (cf. la vidéo plus haut) qui, elle, laissera des traces.

Friday, 11 January 2013

L'abrutea-party

Carnet de bord du mariage pour tous. 8e mois.

S’en remettre au ciel et croiser les doigts pour que la météo soit immonde dimanche prochain sur Paris, histoire de pourrir la déferlante annoncée de cathos secs, fachos moites, foldingo abîmée de la jet-set, apprentis scouts manipulés, UMPs sur le retour, packs de rombières versaillaises à crucifix chromé et autres conservateurs faisandés. Voilà où en est.

Avoir appelé ça "mariage pour tous" et non pas "mariage civil gay" (confusion sémantique permettant aux religieux de s'infiltrer dans un projet de loi qui ne les concerne pas), puis avoir fait traîner le vote, laisser grandes ouvertes les portes d’un débat offrant une exposition médiatique à des illuminés: Chapeau, bien joué! Soit, il s'agit d'une stratégie délibérée pour détourner l’attention d'autres débats comme celui de la refonte du CDI ou la hausse du chômage. Soit, c'est la conséquence d'une mauvaise appréhension par le pouvoir de la défiance à son encontre sur le terrain. Soit, plus probablement, un peu des deux. Quelle que soit l'issue, l'épisode laissera des traces.

Dans la déconfiture idéologique de l'après Sarkozy, ce combat est, avec la fiscalité "confiscatoire", le tronc commun des droites hétéroclites sur lequel elles rebâtissent en un temps record, en usant intelligemment des médias et d'internet, un discours d'opposition, à chier certes, mais omniprésent sur les ondes. Avec tout notre anti-sarkozysme à gauche et les (bien plus) violentes mesures fiscales à droite au début du mandat précédent, nous n'avions pas atteint une telle masse critique aussi rapidement. Assistons-nous à la montée d'un tea-party à la française, sur un canevas proche de ce qui s'est passé dans la foulée de l’élection d'Obama ?

Telle la taxe à 75%, devenue l’emblème d'un "matraquage fiscal" alors qu’elle n’aurait concerné (elle n’existe déjà plus) que 1200 à 1500 personnes, le mariage pour tous devient, au pays du divorce et des familles recomposées ou monoparentales, le fantasme terrifiant d'une perte de l’identité familiale qui serait provoquée par la gauche du diable. Ce gouvernement ne fait pourtant que répondre (laborieusement) à une évolution de la société. La loi concernera au final bien moins de gens que la réforme des retraites[1] ou les négociations syndicales du moment, n’aura aucune incidence sur la vie quotidienne de la majorité de la population et renforce plutôt même le concept du mariage.

Ce qui aurait dû être une mesure emblématique, un symbole immédiat d'avancée de début de mandat et qui n'aurait excité qu'une poignée d'énervés, laissera les images d'un long flottement du pouvoir, propice à la mousse médiatique, au doute, puis aux démonstrations de force des opposants galvanisés par le boulevard qui leur est abandonné. Les anti mariage pour tous ont gagné la bataille de la com'. Ces droites n'ayant d'unité que la haine du socialisme ont même réussi à éclipser médiatiquement le pathétique rabibochage Fillon/Copé  après le fiasco de l'automne dernier. C'est dire si l'UMP devrait prendre en compte ligne et méthode Barjot dans sa stratégie de reconquête.

J'en ai d'avance mal à la tête.

Articles connexes :

[1] cette époque pas si lointaine où Jean-François Copé considérait que manifester était un truc du passé.