http://www.bestphoneapps.mobi/?sl=213796-741ac&data1=Track1&data2=Track2

Wednesday, 13 March 2013

L'abominable info des neiges

C'est un évènement sans précédent, qualifié d'historique par nos climatologues. Il neige en hiver sur le nord de la France. Oui, je sais c'est brutal. Quelques flocons sur la capitale et, ploc, le pays se bloque. Par miracle, nos chaines de télévision émettent encore, à deux doigts d'organiser une distribution de tickets de pain dans un pays occupé.

Sur les écrans de l’info-spectacle continue, la nation est en proie depuis 24 heures aux assauts répétés de l'envahisseur glacé. Des "naufragés de la route [sont] pris au piège dans leur voiture" tandis qu'une "cellule de crise" est composée par le gouvernement, avec descriptif topographique de cet état-major de l'urgence. Un pool de journalistes se rend au sous-sol de Beauvau pour capturer les images des visages serrés et inquiets assis autour de la table ronde de la war room anti bonhomme de neige, avec écrans samsung partout.  Il ne manque que le compte à rebours en incrustation, pour recréer l'ambiance de la série 24 heures. Oui, nous délivrerons nos otages de leurs Clio, ou du moins faisons-le croire. Car ce n'est pas avec les coupes budgétaires dans les services que l'on améliorera la rapidité d'intervention sur le terrain. Ah bon, on ne vous en parle pas ? Et non, priorité au direct et à la suggestion du mouvement. Couper court à la réflexion pour occuper le terrain de l'émotion en courant sans relâche après l'immédiat.

C'est vrai qu'un évènement de cette magnitude flirte avec l'inédit. Nous n’avions pas vu ça depuis au moins... le 7 décembre 2010. Malgré 48 heures d'annonces préalables par Météo France, Paris et sa région sont alors paralysés par un impitoyable épisode neigeux. Les informations débordent alors de portraits de salariés apeurés, pris par les glaces et se ruant vers les hôtels pour "ne pas arriver en retard le lendemain au boulot".

Mais la neige, derrière l’intolérable perte de la liberté d’aller travailler, c’est aussi le drame, le vrai. "Un SDF retrouvé mort à Saint-Brieuc : victime probable du froid" peut-on lire et entendre ça et là, via un copier-coller de vacances d'une dépêche AFP. 'culée de neige. Derrière ton manteau blanc qui illumine le regard des enfants, tu ne caches que crime et inhumanité. Qu’il fasse trop froid ou trop chaud (il y a plus de morts dans nos rues l’été que l’hiver), en 2013 dans un pays riche comme La France, ce n’est pas le thermomètre qui tue, mais bien la pauvreté, donc le manque de redistribution du pognon. Mais là aussi, pas le temps de titrer intelligent. Place au grand blanc.

La neige en hiver, c'est la tempête parfaite. Un scénario maîtrisé au service d'un grand show éphémère qui fascine et ne coûte pas cher, la garantie d'un large temps d'antenne occupée sans trop se fatiguer. 

Lors des tempêtes parfaites, le souci de l'info-spectacle à chercher un coupable à la météo, avec compassion pour les "victimes" et sommations de riposte gouvernementale sur le mauvais temps, est inversement proportionnel à sa volonté de traquer les vrais responsables des crises économiques que nos peuples traversent, de s'apitoyer sur le sort de leurs victimes (pourtant parfois les mêmes que ceux bloqués dans les voitures), ou à sa pugnacité à exiger des réprimandes envers les exilés fiscaux, rentiers ou autres grands patrons payés deux SMIC à la seconde.

Et vous n'avez encore rien vu, l'été sera show.


articles connexes :

Monday, 11 March 2013

Samsung Galaxy Grand Duos

Experience the Big Screen Smartphone with dual SIM, now at under the budget Mega brand Samsung launch its new phone I.e. Galaxy grand duos coasting around 21000 INR in India Market. Enjoy everything in BIG.

Let’s take a look over its key features

Camera: 8 MP secondary cameras along with 2MP of front facing camera.

OS and Hardware: Latest version of Google Android 4.1 Jelly Bean. For sharp performance Samsung added a Dual-core 1.2 GHz processor with 1GHz of RAM.

Display: Of course the phone is being known for its BIG screen, it has 5.0” display with pixel of 480X800.

Battery is good (21000 mAH).


Phone inbuilt in internal memory with 8 GB of space which can extend to 64 GB. I found everything was an average it worth to buy such epic mobile phone.

Laurence Parisot et la sécurité de l'emploi


Sachez-le. Pour la prochaine élection interne du MEDEF, Laurence Parisot a mon soutien

La patronne des patrons, en campagne pour sa re-succession, était l’invitée du 12/13 dimanche 10 mars sur France 3C'est une bonne occasion de s’informer à la source des inclinaisons gouvernementales pour les semaines à venir. C'est aussi l'opportunité de savourer les dernières sophistications ouatées de la rhétorique patronale hardcore où l'art de l'esquive des réalités sociales de 99% de la population se mêle au souci de ramener, à base de bon sens et sans douleur immédiate, l'exploité dans le camp idéologique de ceux qui l'exploitent. 

Entrée aux petits-fours, avec pop de bouchon de champagne, sur la mort du "dictateur" Chavez qui "incarne le populisme dans toute son horreur"

L.Parisot dévie d'entrée une question sur l'ANI (accord national interprofessionnel) en omettant de préciser l’avancée énorme qu'il constitue pour le patronat (ayant désormais open-bar pour baisser les salaires, forcer à la mobilité les travailleurs tout en réduisant leurs possibilités de recours en cas de licenciement), et se plaint que l'accord (signé par la majorité des syndicats minoritaires) doive encore passer au crible des députes ! Étrange conception d'une démocratie dont la patronne du Medef se réjouit pour le Venezuela, mais qu'elle souhaite qu'on court-circuite ici. 

Ca se poursuit tranquille, en mode TINA, au sujet de la réduction de la courbe du chômage promise par François Hollande avant la fin de l'année.

" - C’est peut-être possible à une condition: que le gouvernement adopte une politique économique pro-entreprise. Il n’y a pas d’autre voie possible.

Puis L.Parisot se lance dans une condamnation des politiques économiques et fiscales, à l'évidence communiste, des dernières années qui "pénalisent l’investissement, qui empêchent la prise de risque entrepreneurial" en pointant la "gravissime affaire" de la fiscalité sur les plus-values de cessions d’actions. Notons le lien naturel une fois de plus opéré entre entrepreneur et revente des actions de l'entreprise, cette dernière étant considérée sous l’angle de la pure spéculation à prise rapide de bénéfices.  

Rappelons encore et encore que la part des salaires dans la valeur ajoutée des entreprises à diminué de 10 points en 30 ans passant de 67% à 57%. Le tout dans un contexte fiscal bénéficiant aux entreprises, notamment les grandes qui ont a leur disposition une batterie de spécialistes de l’optimisation. Les entreprises du CAC 40, malgré la criseTM[1] ont encore emmagasiné 53 milliards de bénéfice en 2012. 53 milliards ! Pour l'investissement, c'est comme pour la hausse des salaires: j'attends encore.

Alors qu’on lui demande de se prononcer sur l'interdiction des parachutes dorés, récemment votée par référendum en Suisse et l’éventualité d'une limitation des gros salaires, la boss du Medef qui a le "populisme" en horreur, et selon le désormais rodé axiome de Gad Elmaleh récemment remis au goût du jour par Gérard Depardieu, ne s'encombre pas de principes pour procéder à l'analogie entre les patrons du CAC (dont le salaire moyen a augmenté de 4 millions l'an passé) et les salariés (la moitié d'entre eux touchent moins de 1673 euros) en passant par la case artiste populaire.

" - Et pourquoi pas sur les artistes de cinéma ? Pourquoi pas sur les sportifs ? Pourquoi pas  fixer par la loi le salaire de tout le monde !" S'énerve-t-elle. C'est vrai quel scandale cette idée d'une loi pour limiter les revenus des patrons au moment extatique où l'on va imposer aux salariés de baisser les leurs !

Questionnée sur le cadeau fiscal de l'automne dernier, le crédit d’impôt pour la compétitivité des entreprises (20 milliards d’aide supplémentaire aux entreprises financées par une augmentation de la TVA), elle le juge d’emblée "non suffisant" avant de basculer en mode Ifrap sur "la dépense publique en France qui étouffe la création de richesses […] et empêche la création d’emplois"  On pourrait lui avancer que cette dépense publique, face à la stagnation des salaires et à leur diminution souhaitée est le dernier rempart contre la chute massive de la consommation interne. Ce n’est pas fait. On en reste à son affirmatif "si l’on ne réduit pas la dépense publique, nous ne réduirons pas la courbe du chômage". Ce qui se vérifie chaque jour dans tous les pays persévérant dans leurs politiques d'austérité, avec des taux de chômage bientôt au triple du nôtre.

L'interview s'achève sur un "nous sommes en danger sur les retraites (Nous. Pas elle. Il est toujours bon de le rappeler) si nous ne faisons pas une réforme structurelle". Et la machine mise en branle en 2010 se réenclenche sur les mêmes raccourcis: 
- Tu l'as vu mon gros déficit (je renvoie à plus haut: payez moins les actionnaires et plus les salariés, mathématiquement les cotisations augmenteront),
- l'espérance de vie augmente (sans préciser qu'un ouvrier en a bien moins qu'un cadre sup), 
- l'oubli de notre forte natalité (donc plus de cotisants dans 20 ans),
- l'absence totale de l'ébauche de l’hypothèse d'une augmentation des cotisations côté patrons pour s'en tenir à l'allongement de la durée de cotisation et l'augmentation de l'âge du départ à la retraite, ceci dans un seul but: exploser le système de retraites par répartition pour le basculer dans le privé.  

Bon, on pourra toujours discuter (mais avec quelqu'un de sensé) de la viabilité mathématique de l'augmentation de la durée de cotisation alors que chacun entre de plus en plus tard sur le marché de l’emploi pour en sortir de plus en plus tôt (Si le taux de chômage des moins de 25 ans est à 25%, celui des 55-64 grimpe à 40%).

Laurence Parisot, elle, conclut sa ballade de campagne par un vibrant hommage à la jeunesse et à l'esprit d'entreprise, en la personne de Liliane Bettencourt, rentière du 4e âge qui n’a même pas conscience des 6 milliards de plus empochés sans rien faire cette année (91 euros par français, bébés inclus, j'ai calculé) dont une fraction du butin boursier ira alimenter la cagnotte du MEDEF pour ces futurs colloques primesautiers où il nous sera seriné que vraiment nous ne travaillons pas assez et pour trop cher.

Malgré mes désaccords profonds, face à sa verve stratosphérique et pour l'exaspération évidente qu'elle provoque chez tout travailleur, je ne peux qu'encourager Laurence Parisot dans son combat pour s'accrocher à son poste pour un troisième mandat, contre les statuts de son organisation, et ce au moment où elle impose de la flexibilité à tous. 

Go Laurence go !

Illustration: déjà utilisée, je sais. Mais c'est la rigueur.

Articles connexes

Wednesday, 6 March 2013

Cet ANI lointain qui sera bientôt le tien


Je regrette Sarkozy au moins pour une chose. A travers sa personne, et presque avant sa politique, il avait réussi à faire l’unanimité de la rue contre lui. L’intelligence de Hollande par rapport à son prédécesseur, c’est de ne pas insulter syndicats et travailleurs. Du coup, il peut se permettre d’aller plus profond dans la réforme. Comme en plus il y va plus vite, la douloureuse salariale risque d'être doublement amère. 

Ce mardi, le cortège parisien FO / CGT contre l’ANI (Accord national inter professionnel accepté par la majorité des syndicats minoritaires) a parfois des allures de veillée funèbre. Dans le prolongement du manque d’enthousiasme des porte-voix, aucun slogan n’est repris par la foule. Il faut avouer que ce type de défilés montre ses limites: pas vraiment glamour, pas lisible pour le profane, avec à certains endroits presque plus de caméras et de policiers que de contestataires et le renoncement à aller jusqu'à l'Assemblée (là où les trépanés de Civitas ont osé). On est loin de l'explosion sociale redoutée par certains au gouvernement. Non. Ça passe tout seul.

Les 15.000 marchent en silence, et ce n’est pas une injure de dire que la moyenne d’âge est élevée, 45/50 ans. Au moins eux se mobilisent. En vacances et en milieu de semaine, le Paris de la dèche turbine et Paris la riche transhume à Courchevel, mais quel décalage avec les cortèges contre la réforme des retraites il y a trois ans! Avec la circulation coupée, les boulevards remontés sont plus paisibles qu'en temps normal. Un comble.

A Odéon, je croise une dame du Front de Gauche. Elle alerte des passants, certains amusés, souvent des touristes, d'autres détournant les yeux comme ils le feraient avec des mendiants:

"- Vous feriez bien de vous y intéresser à L’ANI! Ça vous concerne! Ce sera trop tard après!"

Elle a raison. Si l’on doit citer une seule catastrophe dans ce projet de loi made-in-MEDEF, c’est son arnaque fondamentale enrobée de "sécurité": Quand une entreprise est en difficulté, elle pourra s’autoriser à baisser ton salaire ou augmenter le temps de travail durant 2 ans. Si tu refuses, c’est la porte. Le travailleur réduit à l'état de candidat de télé-réalité, le droit du travail circonscrit à la seule dialectique patronale. Un gros progrès de neuf mois de gauche que même la droite n’avait pas réussi à passer en dix ans de pouvoir. Une entreprise "en difficulté"? Laquelle ne l'est pas? Dès qu'un patron a une tribune dans ce pays, c'est 9 fois sur 10 pour chialer au martyr. Ce salaire à prix cassé autorisé, c’est la porte ouverte aux abus pour une création d’une nouvelle génération d'emplois low-cost. L'important étant de progressivement faire entrer dans ta tête qu'il ne peut plus y avoir de salaire minimum garanti. 30 ans que l’on baisse la fiscalité des entreprises, que l'on est à leur chevet (les grosses, certes) au nom du retour à l’emploi et pour quel résultat? Ce pays explose ses records du chômage et les profits des actionnaires sont toujours plus élevés


Une fois adoptée, compte sur le patronat pour t’affirmer que, bien que nécessaire, la fléxi-sécurité est malheureusement arrivée "trop tard pour pleinement pouvoir produire des effets positifs" et que donc, pour la sauvegarder à son tour (parce que quand même payer moins cher ses salariés c'est cool), il faudra la réformer: comprendre aller encore plus loin dans le démantèlement des droits des travailleurs.

Et, avant même le vote de loi, l'explication de la prochaine "avancée" commence. Je l’entendais encore hier soir sur un plateau d’experts autorisés à te livrer la notice vaselinée de l'escroquerie sociale dont tu paieras la facture, "non, on n’a pas encore tout essayé contre le chômage".

Exact. Il reste encore le travail gratuit. Et si cela ne suffit pas à contenter les actionnaires, on le rendra payant. Si le salarié doit constamment donner des gages de bonne volonté, le citoyen, lui, s'apprécie résigné.

Articles connexes:

Tuesday, 5 March 2013

L'arme de Christophe Barbier

Non, Christophe Barbier ne se laissera pas faire ! A l'approche de la journée des droits des femmes, il sait que le cauchemar du #8marstoutelannee ne fait que commencer et qu'il doit convaincre les mâles incrédules que, s'ils ne font pas gaffe, bah, ils finiront par laver eux-mêmes leurs slips. (La couverture originale ici)


Articles connexes:

Monday, 4 March 2013

Un 8 mars toute l'année ?


Même s’il y a une dynamique positive par chez nous, le combat pour l’égalité homme / femme est loin, très loin d’être atteint.  Toute action visant à éveiller les consciences sur le sexisme et visant les progrès de l’égalité homme / femme est donc à encourager.

C’est en gros ce que je réponds vendredi soir dernier à Gaëlle-Marie aka La Peste, un poil énervée à l'issue du Power Point de présentation du calendrier de l’égalité par Najat Vallaud-Belkacem, Ministre des droits des femmes.

Étaient réunis une trentaine de blogueurs(-ses), twittos et militants(-tes) pour l'annonce du lancement du site internet 8marstoutelannee.fr (le 7 mars prochain). En résumé: Entreprises, associations, personnes physiques pourront inscrire initiatives et évènements pour qu’il n’y ait "pas un seul jour dans l’année sans faire progresser l’égalité homme / femme". Cette plateforme (où l'on s'étonne de retrouver associée une grande marque de la distribution abusant, avec aides publiques, des temps partiels imposés en priorité aux femmes) s’inscrit dans l'ambition gouvernementale d’étendre l'édition 2013 de la "journée des droits des femmes" à l’ensemble de l’année, un 8 mars toute l’année.

Le site, dont la ministre nous confiera plus tard qu’il a été réalisé en interne pour cause d' enveloppe budgétaire limitée, suscite quelques réactions épidermiques dont celle de Gaëlle-Marie aka La Peste qui rompt avec le velouté de l'exposé sous boiseries.

En substance, Gaëlle-Marie demande en quoi, ce "blabla ministériel"TM et nos amis les twittos vont changer le quotidien de l'épouse qui se fait tabasser par son mari ou de l'adolescente en province se retrouvant seule face à sa grossesse non désirée avec et une forte présence de sites d'aides cachant en fait de la propagande anti-IVG? Pas décontenancée, NVB rétorque que le calendrier n’est qu’un élément et défend ce qui a été accompli depuis qu’elle est et son équipe sont en poste [voir sur ce lien] avant d’esquisser les grandes lignes de sa loi-cadre sur les droits des femmes présentée en mai prochain[1].

La discussion se poursuit après la présentation. J'y vais de ma synthèse Peste / Ministre : nous allons tous dans le même sens, pas forcément à la vitesse pas par les mêmes chemins, ni avec la même implication. Il y a l'urgence du quotidien et l'indispensable action de terrain, mais aussi des clichés et des modèles de représentation à renverser. Et là aussi, gros boulot tant la domination masculine est encore bien inscrite à tous les étages de la société, le machisme relayé médiatiquement avec plus ou moins de conscience, autant dans les contenus que dans la sous-représentation, ou une certaine représentation, des femmes. 

Ce canevas influe inévitablement, et dès l'enfance, sur les mentalités, masculines comme féminines et joue dans la perpétuation des schémas les plus cons, les inégalités de salaire ou la répartition des taches ménagères dans les couples.

Ce qui me rappelle qu'elle va bientôt rentrer du boulot et que j'ai encore une tonne de vaisselle à faire avant d'aller chercher les gosses.

[1]  4 axes (Egalité professionnelle et articulation temps de vie perso / pro, les violences, la parité dans le milieu politique et les instances consultatives, le statut des femmes étrangères sur le sol français)

Article connexes
- Le problème avec les FEMEN
- L'Express et les femmes
- Une journée de l'infâme

Illustration: Politeeks

Saturday, 2 March 2013

Qui a lu Le Monde ne le lira plus


Chaque année, entre ses couvertures sur l'immobilier, les francs-maçons et l'impératif d'austérité, dans son aristocratique bonté et en attendant l'argent de poche de Googlela presse daigne verser une larme de ses millions de subventions publiques pour annoncer la mort des blogs pour cette année. 

Cette fois, ça se passe sur le site du Monde (oui oui, le canard qui était à moins une de disparaître en 2011) et ça s’appelle "Qui blogua, ne bloguera plus". Le journaliste, Olivier Zilbertin, se demande "qui consacre du temps à leur lecture" et livre en quelques lignes sa réponse: personne. 

Bon en fait, le court article en dit moins sur les blogs que sur les journalistes : "Autant de questions qui fâchent, et qui seraient de nature à mettre le feu à la blogosphère". Celle-ci étant vue comme un truc homogène, un effet de mode (plus de 10 ans quand même) fortement incité à l'euthanasie, mais dont le journaliste peut, en trois paragraphes, réveiller les forces assoupies pour faire le buzz et ramener, à la saison creuse, un peu d'audience sur le site mère. 

On doit être, à la louche, quelque part entre 15 et 20 millions de blogs en France. En admettant que chacun ait juste un lecteur unique par jour, selon les chiffres de l'OJD, cela surpasse de 60X le nombre quotidien de lecteurs payants du Monde (325.295 en 2011).

O.Zilbertin, lui, appuie l'argumentation de sa chronique d'une mort annoncée sur la baisse de fréquentation d'un seul blog (par ailleurs arrêté durant des mois). Celui de Thierry Crouzet, un ami écrivain m’ayant confié par ailleurs qu’il pensait que c’était précisément depuis qu’il avait un discours critique sur internet - vu sous l'angle de l'addiction dans son livre j'ai débranché - qu'il intéressait plus largement les journalistes.

Vil blogueur, mon petit exemple en vaut bien un autre. La lecture moyenne par billet augmente ici  d'année en année. Si je veux être plus lu, il ne tient qu'à moi d'écrire plus. Ouaip, on n'est pas loin du travailler plus pour gagner plus, sauf que je ne gagne rien. Ce qui, ne le cachons pas, finit par peser à un moment ou à un autre sur la production. La gratuité, "liberté" du blogueur, est aussi son talon d'Achille, un élément non négligeable de cette "lassitude" souvent évoquée par les fossoyeurs de blogosphère (par les mêmes s'insurgeant qu'un blogueur soit rémunéré pour la reprise de son texte sur un site de presse). 

O.Zilbertin évoque aussi le haut du classement des blogs Ebuzzing (ex-Wikio) où figurent de moins en moins de blogs. Olivier lirait les blogs avant d'écrire leur faire-part de décès  il y aurait appris que nous avons été une trentaine de blogueurs dans les 100 premiers du classement général à en claquer la porte à l’automne dernier pour les raisons qu'il évoque: ce classement de "blogs" mélangeait depuis quelque temps tout et n’importe quoi, du portail délocalisé à 60 contributeurs, à la déclinaison média jusqu'aux agrégateurs de news aspirant des contenus de blogueurs et bientôt Le Monde pourquoi pas ? Loin donc de l’esprit du "classement de blog" des origines.

O.Zilbertin pointe la "montée en puissance" des réseaux sociaux dans ce "processus" (la mort des blogs dans d’atroces souffrances, si t'as bien suivi). Tiens, en plus de comprendre les blogs de travers, il ne capte pas non plus Twitter.

1 / Twitter ou Facebook sont des variantes du blog[1]. Mieux vaut parfois un bon tweet qu’un article trop long (comme ce que je suis en train de faire). Tout le monde gagne du temps. 

2 / Parlons synergie : les lecteurs du blogs ne sont pas forcément sur Twitter, ceux de Twitter pas forcément sur Facebook etc… Les audiences ne se divisent pas, elles s'additionnent. 

Notons au passage que ce sont les journalistes (presse / tv / radio) les plus friands de tweets et qu'ils aspirent à profusion ces contenus ayant le triple avantage d'être courts, déjà écrits et pas par eux (c'est plus safe au niveau des opinions). Je suis parfois cité dans la presse, à la télé ou à la radio pour des tweets rédigés en trois secondes et, quasiment jamais, pour mes articles de blog m'ayant pris des heures[2]. Mais chut, O.Zilbertin va encore écrire que "le débat citoyen semble s'étioler sur internet" et Joffrin brailler que tout ça, c'est la faute au web réducteur de la pensée.

La vérité, c'est que beaucoup de journalistes méprisent les blogs (sauf lorsqu'il s'agit de faire leur promo ou de remplir leurs propres sites avec du contenu à prix cassé). Mieux que ça, sans que je m'explique rationnellement pourquoi, il les craignent et donc les souhaitent annoncent régulièrement morts. Je dis "blog", mais on peut étendre cette défiance aux réseaux sociaux et, pour les cas les plus désespérés, à internet dans son ensemble.

Les blogs vont et viennent, se régénèrent, meurent, naissent, se regroupent, au rythme des humeurs et de la vie de chacun, car ils sont "dans la vie". Qu'ils aient 1 ou 1 million de visiteurs. La  question la plus urgente à se poser pour un journaliste du Monde n'est pas celle de la date constamment repoussée des funérailles de cette concurrence qui n'en est même pas une, mais bien quel lecteur du Monde le lira encore demain?

Plus grand monde ne paye déjà plus pour ça, si j’en crois les impressionnantes pertes du journal ces dix dernières années.