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Wednesday, 23 September 2015

Nous sommes tous des Volkswagen

Panique à Bagnole world. Via un logiciel dissimulé sur chaque voiture, Volkswagen aurait menti sur les niveaux d’émission de gazs polluant. Et oui ça parait dingue, moi même j'en tombe de ma trottinette : en plus d'être dangereuses, les voitures polluent. Passons sur le fait (savoureux) que la tuile tombe sur un des fleurons de la rigoureuse et exemplaire industrie allemande que nous autres français avec notre maudit système social, nos conneries de 35 heures, nos fonctionnaires inutiles et nos stupides congés payés serions bien incapables de rattraper. Le plus drôle dans ce barnum c'est comme toujours l'orientation du spectacle : le conducteur de Volkswagen devient la victime innocente de la tricherie d'un patron. La belle histoire. C'est marrant, pour l'évasion fiscale des multinationales, les plans sociaux, les Golden welcome ou Golden goodbye patronaux et autres indécences, le consommateur n'est ni complice ni victime, ll est consommateur ou client et bien incité à en rester là.

Ces jours-ci se joue beaucoup plus que le seul sort de la marque allemande (qui en a vu d'autres). Un pan et pas des moindres du Greenwashing des dix dernières années, visant à te faire racheter en "moins polluant' (sur le mode de la culpabilisation ou du bien-être) ce que tu avais déjà, risque de s'engluer comme un goéland sur une plage mazoutée. Il faut donc à tout prix que le scandale s'en tienne à un "comportement irresponsable" de VW et n'évolue pas en "pratique habituelle d'une industrie bien incapable, malgré ses pompeuses publicités, de répondre techniquement aux impératifs dictés par le souci d'une humanité en bonne santé (la planète, elle, nous survivra). Derrière les larmes et la colère médiatisée des conducteurs "spoliés" , eux qui pensaient sincèrement sauver la nature en faisant deux heures de Passat par jour sur le périphérique, se cache une autre fraude dont nous sommes tous complices : celle de la "voiture propre". 

Scoop. Ça n'existe pas.

La seule piste automobile viable pour épargner un peu plus efficacement la planète (et tes finances, arrêtons les belles phrases sur l'environnement le critère numéro un pour 90% d'entre nous étant le pognon) : c'est la fin progressive de la voiture individuelle, vers le partage, le covoiturage, la location et les transports en commun. Toute autre piste est contreproductive. On ne peut pas avoir un impératif de croissance d'un côté et prétendre faire moins de l'autre. Tu prends le problème dans tous les sens, c'est mathématiquement impossible. Spécialement lorsque le hochet publicitaire de la couleuvre écolo est... de te faire gagner du pouvoir d'achat.

Volkswagen veut se rattraper ? La marque ferait bien de plancher sur un modèle durable.


Articles connexes :

Tuesday, 6 January 2015

En finir avec la voiture à Paris


Homotobilus-parisianus est en colère. Les prix du stationnement et du stationnement résidentiel augmentent à Paris. Une augmentation "massive, délirante et insensée" incarnant tous "les maux du socialisme" selon Bruno Roger-Petit trépignant de la plume dans Le Plus, criant à l'injustice et au droit de l'homme de se gratter les couilles dans son 4X4 en écoutant RMC la clim à fond sur une place handicapé. Fan des années 70 ? Des gants sport à la Dany Wilde pour tenir le volant nacré de la Jaguar XJ ? Je vous conseille son article sacrément foutraque, un modèle dans le genre café réac (manque plus la moquette coloniale avec la tête de tigre et bobonne pour te servir un cognac, avec en fond sonore les lacs du Connemara par Michel Sardou pour compléter la panoplie de l'homme moderne).

Nous Bruno on pensait connement que c'étaient le remake d’Emmanuelle à Bangkok entre Macron et Gattaz, la casse des droits du salarié ou l’extension décomplexée du travail le dimanche qui rayaient un peu sur les bords l'idée de gauche. Mais tu as peut-être raison : quand on payé une bagnole 10.000 boules, c'est bien la hausse du tarif pour 8m2 d'espace public occupé nuit et jour au prix exubérant de 9 euros par semaine qui décrédibilise l'héritage de Jean Jaurès.

Oui, 9 euros la semaine pour 5 à 12m2 de surface occupée en plein Paris. Avenue Montaigne incluse. A la saison où les SDF gèle sur carton au pied de ton immeuble à double digicode, ce loyer pour un gros bout de plastique laid privatif, avec air conditionné et GPS, est tout simplement le meilleur deal immobilier de France, province incluse.

(Tout est une question de place. Il en va de la voiture en ville comme de la cigarette. Dans un espace réduit, pourquoi certains devraient subir les nuisances des autres ?)
 
Bruno s'insurge : on fait "les poches des automobilistes" ! Mais j’espère bien. Ils polluent (encore un pic de merde aujourd'hui même), leurs voitures immondes occupent une place délirante par rapport à leur utilité, y compris et surtout lorsqu'elles ne roulent pas, squattant comme des verrues le paysage, bloquant la mobilité des bipèdes appelés piétons, des enfants, pour qui, dans un monde un peu moins autocentré, la ville devrait être pensée en priorité. La déambulation du piéton parisien reste encore très compliquée. Une rue standard est réservée à plus des deux tiers à la circulation des voitures, avec des trottoirs frisant parfois le ridicule, voire le honteux pour ceux se déplaçant en fauteuil roulant.

Plus d'un parisien sur deux n'a pas de voiture. Posséder une auto à Paris ne signifie qu'une de ces quatre choses : vous êtes dans une tranche de revenus qui n'a vraiment pas de quoi se plaindre, vous êtes con, vous écrivez au Plus, ou les trois à la fois.

La marie grignote peu à peu, trottoir par trottoir, piste cyclable par piste cyclable,  l'objectif est clair : décourager de circuler en voiture dans Paris. C'est laborieux mais on y arrivera, et c'est tant mieux. On a soixante dix ans de suprématie de la voiture à papa à dézinguer. Paris sans voiture ne s'est pas construite en un jour.

Et les autres ? Les autres s'ils aiment Paris, ils prendront le train.

Homotobilus-parisianus n'est pas content. Pas grave, l'espèce est en voie de disparition, elle couine encore un peu. Il n'y a plus de place pour la voiture particulière à Paris. Rideau Bruno. Les "boboïdes bio hispter et no future" te saluent.


Articles connexes :
Paris sans voitures ? Bah ouais
L'angoisse du piéton au moment de traverser la rue
L'agonie de la voiture à Papa
La voiture, cet obscur objet du mourir

Monday, 29 September 2014

[Notre époque] BCE, Selfie et Ipad

Ami pauvre, sois rassuré. La Banque Centrale Européenne pense à toi : 


Un Ipad à gagner pour 350 millions de personnes, c'est ce qu'on appelle une politique de jeu responsable, limite austère, voire un foutage de gueule.

Thursday, 19 June 2014

Le selfie c'est fini. Vive le selfie 3D !


Ils sont partout, téléphone intelligent au bout du bras, à s'autoprendre. 

Validée par Barack Obama, les Oscars, Christine Boutin et ma voisine du troisième, 2014 est l'année de l'explosion décomplexée de l'onanisme photographique. Cette névrose 4G a un nom, contraction de self et abruti : le selfie. 

Elle est loin l'époque où quelques anonymes trouvaient un poil prétentieux que j'ose afficher ma face [à peine photoshopée. NDLR] au frontispice du blog. Comparé à la débauche actuelle d'autoportraits en ligne, je suis désormais un petit joueur. Chacun aura eu loisir depuis de se rentrer sous tous les angles et à ses frais dans la grande base de données de la reconnaissance faciale planétaire.

Mais revenons aux sources.

Que faut-il pour un bon selfie ?

Un minimum de passion de soi et un besoin de reconnaissance se divisant en deux sous-catégories : 

1 / l'extension numérique de l'éternel besoin de plaire (se rassurer sur son image en la partageant).  

2/ se donner une valeur sur le marché ultraconcurrentiel de la notoriété instantanée en associant sa tronche de cake à un contexte qui la transcende, le selfie de clampin n'ayant au final qu'une valeur marchande limitée). 

Dans les deux cas, ça vire vite au crash artistique. Il faut que les vérités soient bloguées : 99% des selfies sont ridicules, le degré d'humour ou d'autodérision constituant dans de trop rares fois la seule qualité du cliché. Sur une note plus technique, précisons qu'un beau selfie se doit d'être laid (une pixelisation baveuse dans une salle de bain glauque, un cadre raté ou un simple contre-jour flou pastelisé à l'Instagram jaune pisse sont des plus).

Pourtant, la selfisation, dérive de l'antique auto-portrait vers la pratique compulsive, devient la marque ultime de ringarditude rézosociale. L'invasion des selfies à la con sur nos TL touche à sa fin et deux grandes tendances se dessinent :

1 / Le retour à la discrétion et l'échange de selfies (ou photos de soi en situation) en cercle fermé. 

2 / La radicalisation armée des extrémistes de l'intime, branche autonome. 

Et là, on va passer au dur. Une petite entreprise de Grenoble, Squadrone system propose Hexo+, un drone personnel qui vous suit et vous filme, histoire de donner un peu de 3D realtime à votre egotrip. C'est tout simplement la bonne idée qui manquait pour faire de la réalité une prolongation de Facebook et non plus seulement l'inverse. Entre l'animal de compagnie et l'émission de télé permanente dont tu es le héros : le potentiel est énorme.  Le drone vise d'abord les performances sportives, mais un esprit pervers [à peine photoshopé. NDLR] ne pourra que se féliciter des gains de productivité offerts aux services policiers, de renseignement, à votre employeur ou à diverses entreprises, honnêtes ou non, dans le suivi à la trace en temps réel des individus. 

Le projet est présenté en financement participatif ici.

Souriez, vous vous aimez.

Illustration : Gustave Courbet, selfie, 1843.

Monday, 10 March 2014

(Encore) une journée en enfair


Imagine. Tu habites un pavillon en banlieue dans un lotissement à la fraîche avec le jardinet qui le fait. C'était un peu cher, mais c'est un "choix de vie", et puis "c'était d'abord pour les enfants".

Imagine. Ton jardinet est quotidiennement traversé par 2 millions de voitures, qui vont et viennent de la ville à une vitesse moyenne de 7 kilomètres-heure, et ça pue gras dés 6 heures. En plus de ruiner la perspective du jardin paysager, ça t’embête un peu ces fumées au cul des charrettes moches s'entassant sous ton nez. D'autant que tu vois bien qu'il y a un énorme gâchis d'espace. Peu de personnes dans des voitures qui, elles, s'étalent sur toute la pelouse. Et puis, 7 km/h, ils iraient plus vite à pied non ?

Imagine que tout est prévu. Lors des printemps précoces, des hivers tardifs, des étés qui s'éternisent, des pics de froid, de chaleur, des périodes trop longtemps tièdes et des jours sans vent, des panneaux encouragent les automobilistes venant de la cité à ne pas prendre leur voiture et à privilégier le vélo ou les transports en commun pour traverser ton jardin. Certains te feront remarquer que l'on ne peut lire les panneaux que depuis le volant de sa voiture. Ne les écoute pas : ce sont des ayatollahs verts. Avec eux, le dialogue est impossible. Si tu les écoutes, ils vont finir par te persuader que le diesel est un attentat sanitaire dont il faudrait cesser la fabrication sur le champ.

Tu noteras pour ta part que les jours de gros réchauffement d'autres panneaux, orientés différemment, te conseillent de ne pas faire de sport ni de vélo avec toute cette pollution, car ce serait préjudiciable pour ta santé et surtout celle de tes enfants. Et là, tu te dis : faudrait savoir. C'est dangereux ou pas cette chape marron qui pique la gorge sous un ciel pourtant bleu sur toute la France ? Le maire du lotissement ne se moquerait pas un peu de ses ouailles ? Si danger il y a, quel est le plus important : le droit de se déplacer en chars à cancer depuis la ville jusque dans ton jardinet, ou ton droit d'y respirer et de ne pas le voir monopolisé par du conducteur en solitaire ? 

Maintenant, remplace jardinet par rue et lotissement par ville.  

Mais c'est vrai, j'oubliais : l'habitant de la ville est un bobo, mi-humain mi-piéton. Son choix de vie est con. Il l'a bien cherché et ses poumons sont en acier. 

Illustration : Infectés de A.Pastor (2012)

P.S : En rapport avec ceci... Un ami blogueur développe une application Iphone pour signaler en temps réel les niveaux de pollution dans les plus grands jardinets de la planète, en vous créant des alertes personnalisées. La version bêta est ici.

Monday, 7 October 2013

L'Amazon anti-loi


Amazon c’est très bien toussa, y a beaucoup de références, c’est merveilleux, ça va sauver la lecture. 

Arrête ami libéral, tu vas en mettre partout.

Amazon ne sauve rien du tout. Amazon c’est de la grande distribution qui se contrefout de ce qu’elle vend (Condorcet, des couches-culottes et du cassoulet) et des conditions dans lesquelles elle le vend. Quand à la diversité des références, on va se calmer aussi. La compagnie commande comme ailleurs ce qu'elle n'a pas en stock. Et, à cette vitesse de destruction de la concurrence, Amazon risque de devenir le seul distributeur de livres en France, et là on en reparlera du "choix".

Amazon traite ses salariés comme de la volaille, contourne le fisc et se permet avec l'argent volé dans la poche du contribuable d'offrir les frais de port au consommateur. Celui-ci se fait avoir en applaudissant. En tant qu’auteur, le site me met en conflit avec moi-même, vendant parfois mes bouquins moins cher que l'éditeur, pour un retour opaque. 

L'avantage indéniable d'Amazon, c'est l’accès aux livres dans les coins isolés. Là, il ne faudrait peut-être pas oublier que La Poste (oui ce service public "offert dans le prix") est donc pour beaucoup dans le succès d'Amazon et qu'il est malhonnête de sa part d'en gommer le tarif. Précisons aussi qu'il y a d'autres sites 100% français.

Amazon cause un préjudice énorme aux petits libraires. Le métier est en danger et s'adapte. Il y a une carte à jouer en proposant au client tout ce qu’Amazon n'offrira jamais : du conseil, de la relation humaine, une sélection avec un point de vue, des spécialisations, des rencontres avec les auteurs et la commande par internet aussi. Après tout, les libraires ont accès à un catalogue aussi varié : à vous de demander. Passer un quart d’heure dans une vraie librairie ou passer un quart d’heure sur Amazon, et l'on retrouve cet écart séparant la dégustation de pâtes aux truffes entre potes avec une bonne bouteille et un repas à base de Nuggets à l'huile, arrosés d'un Coca sans bulle, seul au Mac Do.

Donc, contrairement à beaucoup, je trouve très bien ce vote de l'Assemblée nationale contraignant Amazon a ne plus cumuler les frais de port gratuits et la réduction de 5% sur le prix des livres. C'est de la concurrence déloyale. Certes, c'est une goutte d'eau dans l'océan de l'optimisation fiscale de cette compagnie (la solution serait une harmonisation européenne, faisons un rêve), mais c'est un début de rééquilibrage dans une gigantesque entreprise de dumping marchand sur le dos de la culture.

Friday, 30 August 2013

Et SFR créa la connexion raide


SFR réussira-t-il à battre le record de 50 jours sans connexion à domicile établi par le tandem Free / France Telecom l’an passé ? Avec déjà 33 jours au compteur, ça semble bien parti. Et tout ça pour un bouton probablement mal enclenché dans une armoire électrique. Je n’ai plus aucune connexion à domicile depuis la fin juillet, suite à des travaux d’"amélioration de ma ligne" (sic). A cette époque heureuse, SFR m'appelait encore pour me prévenir d'un petit désagrément qui durerait une semaine tout au plus et me serait remboursé illico sur la facture.

33 jours après, j'attends toujours la ristourne et le retour de ma ligne. 

Il est vrai que je le cherche aussi, j'habite une zone reculée où la main d'oeuvre est rare, l'activité et la demande faibles : Paris.

Si je me passe fort aisément de la télévision (en gain de temps et de concentration, c’est même assez fabuleux), en revanche avec mon Iphone en modem, je n’ai accès en gros qu’à un Twitter poussif, mes courriels, et cette plateforme de blog les jours de beau temps. 

J’en suis à cinq appels au SAV. Un me répondant "Bah on sait pas pourquoi", un autre "Houla, ça va prendre du temps", puis un "nos techniciens n'avaient pas la clé", une annonce non respectée de réparation dans la semaine, une promesse de remboursement sans suite et une réception effective de facture à 35.99 euros pour un service inexistant au mois d’août. 

Voilà donc à quoi on s'expose en optant pour la fibre de SFR au cœur de Paris en 2013. Et ce, au moment où la compagnie se vante sur tous les murs d’avoir la meilleure couverture 4G de la ville. (Rappel 4G pour les néophytes : c’est juste de la 3G qui marche).

J’avais quitté Free pour SFR pensant à avoir faire à des gens un peu plus compétents (enfin avec des effectifs en chair et en os quoi). En fait non, c’est pareil. Du matraquage publicitaire, une gestion qui ne suit pas derrière, un SAV téléphonique sympathique certes, mais en manque de données et un déficit de techniciens sur le terrain (le cœur du problème). C'est vrai que SFR est une petite PME qui débute et a besoin de nos abonnements pour pouvoir embaucher. Heureusement y a les 20 milliards du CICE, merci Mosco.

Le pire ce n’est que je n’ai même plus envie de passer à la concurrence, je sais d’avance que ce sera exactement la même chose à un ou deux euros près et que j’y serai traité pareil : de la chair à abonnement. 

Je m'interroge donc. Ne vais-je donc pas me séparer définitivement de ces escrocs et / ou incompétents et faire une croix sur le merveilleux monde de la connexion continue ? Après tout, y a plein de bons bouquins à lire gratos à la médiathèque et, ce billet en est la preuve, on peut bloguer depuis son Iphone.

Ce trépidant feuilleton du consommateur du XXIe siècle sera updaté au fil des événements.

[update 03.09.2013 / Au 37e jour toujours rien. Enfin si. Je découvre avec joie que SFR a donné mon numéro de mobile à CANALSAT pour me vendre une extension d'abonnement.]

[update 06.09.2013 / Effet blog, twitter bombing ou simple hasard, toujours est-il qu'au 40e jour : changement radical de ton. Je reçois enfin un appel me proposant un rendez-vous "au plus vite" pour le lundi suivant]

[update 07.09.2013 / Au 41e jour, un SMS de SFR me propose une clé USB de dépannage contre un chèque de caution à chercher en boutique le lundi suivant (le jour où ma connexion devrait être rétablie)]

[update 09.09.2013 / Au 43e jour, c'est réparé. La cause du problème : une première équipe est venue en juillet faire des travaux de maintenance dans l'immeuble, a déconnecté tout le monde et rebranché personne (Il est possible que les sous-traitants de SFR ne disposent pas des informations d'abonnement, le SAV me certifie en revanche ne pas avoir pu finir les travaux en juillet pour cause de non accès aux locaux techniques à cause du gardien en vacances). Le nouveau technicien (qu'il soit ici remercié) reconnecte sous mes yeux en 5 minutes. Dommage que cela ait nécessité autant d'appels, un étalage sur le blog et de mauvaise publicité sur Twitter pour en arriver là. J'attends maintenant les deux mois gratuits de compensation.]

[update 10.09.2013 / SFR m'annonce que l'ensemble de l'immeuble sera reconnecté dans la semaine.]

Thursday, 25 April 2013

La fin du prêt-à-jeter ?


Un projet de loi visant à faire de l'obsolescence programmée un délit sera présenté le 2 mai au Sénat par les écologistes. Alors que l'on désespère de tirer 0.1% de croissance par la consommation, je crains que le projet n'aboutisse pas.

L'obsolescence programmée consiste à vous fabriquer des trucs jolis, pratiques ou indispensables, mais de qualité médiocre et rapidement foutus, ou pire, à prévoir leur autodestruction (quitte à foirer la programmation et provoquer un retour usine prématuré). 

Après la délocalisation quasi complète de secteurs industriels ou technologiques vers les pays à mieux-disant salarial, l'obsolescence programmée est une étape logique de la mondialisation.

Une fois que nous sommes devenus dépendants d'objets (high-tech et électroménager) n'étant plus fabriqués qu'à un ou deux endroits sur la planète (régulièrement changés pour encore moins cher) par une dizaine de constructeurs et de marchands, ceux-ci n'ont plus qu'à transformer peu à peu la nature et la cadence de nos achats. De l'acquisition de l'objet, on est ainsi passé à un abonnement ne disant pas son nom. L'obsolescence programmée est l'autre façon de faire sortir de l'argent à ceux qui ne peuvent plus s'endetter.

Je prends toujours l'exemple de mon ampli de 1975, avec ses enceintes made in France, livrée avec son schéma électrique en poster et qui marche toujours alors que je n'ai jamais pu conserver en état de fonctionnement correct un baladeur mp3 plus de 2 ans et quelques mois. Je prends ces des exemples car ils ont la même finalité et j'use autant l'un que l'autre.

Tu me diras, l'ampli valait peut-être un mois de SMIC à l'époque et le baladeur quelques jours de travail aujourd'hui. Le libéral me rétorquera que c'est ici le prix à payer (ou plutôt à ne pas payer) pour "la démocratisation des biens industriels de grande consommation". Stéphane Soumier sur son blog considère que "l'obsolescence programmée c'est fondamentalement la baisse des prix". Que ces choses sont dites avec délicatesse. C'est, à l'inverse, la réduction des coûts de fabrication et l’inondation des marchés mondiaux de produits à bas coût qui conduisent à l’obsolescence programmée et, au final pour le consommateur, à payer les choses plus cher puisque plus souvent. D'autant que ce mécanisme du sous-produit à destination des pauvres s'étend à de plus en plus de secteurs au-delà de l'électroménager (les meubles, la décoration, l'outillage, les jouets...). Pour S.Soumier, le consommateur est bien au fait du dumping salarial en place et il sait très bien qu'il achète de la came pourrie qui "tiendra ce qu’elle tiendra.". S'il a raison sur le fait que nos achats conditionnent les politiques des fabricants, et que sous leurs douches publicitaires (constituant une grosse partie du prix de l'objet) on l'oublie trop souvent, il a en partie tort sur le reste.


Le consommateur n'a souvent pas le choix. Comme je l'ai écrit plus haut, il n'est souvent plus question de "concurrence". Quelques constructeurs fabriquent aux mêmes endroits des produits programmés pour mourir vite et qu'ils pourraient d'ailleurs vendre encore moins cher en magasin (les grosses marges se faisant sur les prix de transfert entre filiales off-shore).

Si l’obsolescence programmée est le résultat de gains de compétitivité et de la réduction des coûts : où est le véritable bénéfice pour le consommateur ? (hormis la pulsion d'achat immédiatement satisfaite). 10.000 lecteurs DVD à 30 euros qui tombent en panne à la troisième lecture ne méritent pas la mention "démocratisation" mais un procès en class-action.[1]

"L'économie" ne tient pas dans la durée. Je reprends l'exemple de l'ampli et du baladeur : Un ampli à 1000 euros en 40 ans (en partie fabriqué en France), Un baladeur à 100 euros tous les 2 ans et 2 jours = 2000 euros en 40 ans (0% fabriqué en France). De plus, à la différence du baladeur serti dans sa coque plastique, l'ampli est facilement démontable, réparable pour pas trop cher. Étendons l'anecdote du baladeur à toute la baraque, du canapé à la cafetière, en passant par la chasse d'eau, le scotch qui ne scotche pas et le lave-vaisselle (il n'y a guère que les légumes bourrés de conservateurs qui durent un peu), et tu consacres un budget non négligeable à faire le réassort de bidules qui claquent en continu (ayant tous le point commun d'être fabriqués loin et compliqués à réparer).

De plus, si l'on applique à tous les secteurs la logique de l'obsolescence programmée, en plus de manger du cheval à la place du bœuf et de respirer à pleins poumons des nuages radioactifs (" -ah bah tu comprends les joints en plastique taïwanais étaient moins chers pour la centrale, man"), nous reviendrons vite à l'âge de pierre (ou plutôt de carton-pâte). J'ai le souvenir d'une époque pas si lointaine où progrès voulait dire progrès, ou avec le centième de la technologie actuelle on te construisait des trucs pouvant durer quarante ans.

Loi ou pas, la question de l'obsolescence programmée, et celle liée de la relocalisation industrielle, va se réinviter d'une façon ou d'une autre chez les constructeurs.

Sans évoquer la question écologique, j'en ai juste marre d'acheter des choses qui marchent mal, ou meurent au bout de 24 mois. Comme dirait l'enseigne de vente high-tech qui tourne de l'oeil "le contrat de confiance" est rompu. Çà, plus le sous-effectif systématique aux caisses dans les grands magasins (l'attente du client est de ces rares "charges" que les enseignes n'ont pas à régler et dont elles abusent allègrement), comme beaucoup d'autres, je m'éloigne progressivement de cette consommation[2]. C'est presque moins une question de pognon que de simple dégoût d'acheter du prêt-à-jeter. Si la démocratisation de la consommation doit passer par le médiocre alors il vaut mieux pour le consommateur refuser cette "démocratisation" là. 


[1] Il est étonnant qu'il faille un permis de construire pour éviter que les maisons ne s'écroulent, un code de la route pour éviter de rouler sur la mauvaise file, mais pas un encadrement plus strict de la vente de produits avec une certificat de qualité.

[2] enfin bon, nul n'est parfait, hein.

Article connexes :
- L'escroquerie institutionnalisée
- Le vent de la liberté (saveur pomme)
- Ipad et conséquences

Illustration

Tuesday, 19 February 2013

Le petit train



La France trace à grande vitesse sur la route du progrès. La SNCF s’apprête à lancer son offre de trains low-cost à nom débilo: Ouigo. Je ne doute pas qu'à l'instar des lasagnes Findus ou de la diversité de l'offre culturelle des chaines TNT ce produit à coûts fracassés saura trouver un large public. Méfions-nous toutefois de ce passage à niveaux. Une rhétorique peut en cacher une autre.

Ce qui ressemble à la réintroduction de la 3e classe permet en fait la disparition progressive de la classe intermédiaire, oui d'accord appelons la "moyenne". Derrière la riposte aux compagnies aériennes low-cost et la préparation à l'ouverture à la concurrence, la SNCF s'adapte ici à la conjoncture: comprendre faire un blé avec les fauchés, et si possible encore plus de blé qu'avant. Plus révélateur de l'impasse d'une époque sans autre perspective que rationalisation et austérité, la SNCF opère cette révolution ou retour en arrière (au choix) en exploitant l'héritage d'une technologie développée il y a 40 ans grâce aux investissements publics (la vitesse du TGV) pour concentrer son "innovation" sur le marketing bourrin et la taille des coûts à la tronçonneuse (et donc ne générer aucun emploi, voire à terme en supprimer).  


Bon. Voyons plus loin que le bourrage marketing du moment. Au bout de quelques années si tout se passe bien:

- D'un côté, nous aurons des trains "classes affaires" confortables, prioritaires et arrivant en centre-ville. 

- Et, ailleurs, le train "classe tous risques". Des sortes d'ID-TGV hardcore, cost-killés (plus ce serait la robotisation totale et l'absence de conducteur), avec des rames hideuses (parce que le train pour gueux se doit d'être laid) lardées de publicité et utilisées jusqu'à la corde (deux fois plus de rotations), une offre d'abord baptisée low cost pour susciter l'envie chez une cible clientèle ne pensant plus qu'en termes de rabais immédiat, de prix à négocier et de soldes permanents[1]. 

Bien évidemment les rames au confort minimum (20% de voyageurs de plus) et aux gares excentrées, où tout "service", du bagage à l'usage des toilettes, finira par être facturé, se révéleront à l'usage plus chères pour l'utilisateur que les offres économiques actuelles du TGV. 

C'est fait pour. On opérera en deux temps: l'introduction "test" de l'offre puis l'effacement progressif d'une gamme de produits à prix réduits de l'autre côté sur les rames standards. De plus, le low-cost présente cet avantage de pouvoir faire progressivement glisser les critères du "normal" et du toléré chez l'usager. Passant de l'optionnel à la norme, le succès de l'offre Ouigo permettrait à l'offre basique telle que nous la connaissons (comprendre avoir une place assise avec de la place pour poser son sac) d'être cataloguée "premium" avec le tarif qui va avec. 

Bon, nous n'aborderons pas la question de la sécurité et des horaires. Chacun, à la lumière  de cette logique comptable, pouvant appréhender ce qui découlera de cette baisse des ambitions de service (au départ public si cela intéresse encore quelqu'un). 

[1] Une troisième catégorie convoitée et nécessaire à l'image, une niche du surclassement bon marché, appelons-là "les miettes", se développera dans les interstices des disponibilités de la "classe affaire".  C'est déjà en partie le cas.

Articles connexes :
- Le tour du mystérieux train magique
- Le ticket de métro est plié
- ID-TGV La facture sonne toujours quatre fois

Wednesday, 9 January 2013

Non Virgin n'est pas tombé à cause d'internet !


Travail, repos et loisirs: il y a un toujours un internet à maudire.

La Ministre de la Culture, Aurélie Filippetti, déclare ce matin sur I-Télé que le dépôt de bilan du Virgin Megastore serait la conséquence d'"une véritable révolution et à une concurrence déloyale qui est le fait, il faut bien le dire, de certaines grandes entreprises de type Amazon".

Si les contournements comptables d'Amazon ou d'autres entreprises non domiciliées fiscalement en France sont effectivement condamnables et doivent être contrecarrées (on rappellera juste que l'optimisation fiscale n'est pas l'apanage des entreprises de la nouvelle économie, mais aussi le quotidien de groupes biens français qui vendent aussi des CD et des livres), elles comptent pour peu dans le succès des plateformes de vente de produits culturels en ligne et à l'inverse le désamour croissant pour les enseignes de vente physique.

"La véritable révolution" dénoncée par Aurélie Filippetti a bon dos.

1 / On ne refera pas le match sur la musique en ligne et le piratage, on peut juste dire qu'il était perdu d'avance pour ceux qui depuis 15 ans se contentent de le dénoncer sans innover.

2 / La suprématie des Virgin et autre Fnac à la fin du siècle dernier a d'abord reposé sur l'avènement  du CD. C'était la "révolution numérique" d'une époque où le vinyle, encombrant et craquant de partout prenait un coup de vieux, alors que le moindre graveur CD de salon coûtait 5000 euros. Prix, manque d'espace, démocratisation de l'informatique, le CD musical comme le DVD sont désormais obsolètes et bizarrement toujours aussi coûteux pour le consommateur sauf à passer par internet.  

Virgin a mal négocié le virage de la musique en ligne, mais surtout raté celui de la vente physique par correspondance alors qu'il avait l'obligation d'anticiper et les moyens de mettre en place des offres et services dans le domaine. On ne peut blâmer les consommateurs, et spécialement les jeunes qui n'ont pas connu de monde sans internet, d'aller vers le moins cher et le plus pratique: le e-commerce et la musique dématérialisée. Ironiquement. 20 ans après le CD, la nouvelle "folie" d'achat numérique c'est la tablette qui facilite encore plus le téléchargement de tous les contenus que Virgin persiste à vendre dans des boutiques énormes dans les coins au foncier le plus cher.

Le commerce en ligne est en croissance exponentielle et les offres payantes de musique en stream se développent aussi. Ces deux évolutions de la vente de produits culturels étaient largement prévisibles (d'ailleurs Richard Branson, le créateur de Virgin, l'annonçait en 2000 dans une interview que je n'ai pas malheureusement pas retrouvée) et pouvaient, devaient, être anticipées par Virgin dont c'est le coeur de métier. Il faut croire que la stratégie de long terme n'était pas la priorité des actionnaires (Virgin  appartient depuis 2008 à un fonds spéculatif).

Au final, ce sont les salariés qui payent le prix d'une mauvaise gestion (ça rappelle PSA). Ce n'est pas Amazon qui est responsable du déclin de Virgin comme le prétend notre ministre, mais le manque de réaction de Virgin aux nouveaux modes de consommation de culture depuis une dizaine d'années qui a contribué au succès d'Amazon.

Comme je fais déjà partie de ces vieux qui ont connu l'ouverture hollywoodienne du Megastore sur les Champs-Elysées en 1988, je n'oublie pas que dans la foulée de cette centre-commercialisation de la culture à laquelle Virgin a contribué (et qui correspondait à une époque sans autre alternative : pas de chaines TV musicales, pas d'internet), nombre de petits disquaires et libraires ont purement et simplement disparu. Avec le comeback du vinyle d'un côté et la montée de la  dématérialisation de l'autre, on peut espérer le retour de petits commerces spécialisés, aussi bien pour les disques que pour les livres, avec un vrai contact entre le vendeur et le client. Cette expertise et ce rapport humain que les sites de vente en ligne, aussi économiques et performants soient-ils, ne pourront jamais fournir, et que Virgin, comme d'autres grosses enseignes, ont délaissé avec les années.


Illustration: Anne Zamberlan, campagne publicitaire pour Virgin Megastore (1989)

Tuesday, 11 December 2012

50 nuances de givre


" -  Regarde comme il est trop beau !"

Sur le chemin, Alissa slidait ses instagrams sur le S3 jusqu’au cliché du frigo américain. Massif, le  ténébreux monolithe gris mat semblait garder jalousement derrière ses deux portes doublées inox une galaxie d'opulence alimentaire. Ses ténèbres anthracites, rehaussées du délicat rétroéclairage indigo cerclant le distributeur de glaçons, se calaient à la perfection dans la déco, façon salle d'autopsie NCIS, de la cuisine de la jeune assistance adjointe.

" - C'est pas superbe ça ?"

Alissa brandit les preuves téléphonées de son succès d'intérieur à Sidonie, sa responsable un peu ballonnée par la pause déjeuner expéditive, pour cause de manque d'effectif, au Speedy Tacos en face du bureau. Tout en s'interrogeant sur les ressorts psychiques pouvant conduire une jeune fille d'apparence équilibrée à prendre des portraits arties de son frigo pour en faire l'article à ses collègues et en tirer là le sentiment d’avoir accompli l'œuvre d'une vie, mais sentant bien que face à l’exposition soudaine de cette plénitude domestique les codes du savoir-vivre salarial préconisaient une approbation circonstanciée sous peine d'avoir à subir une ambiance de merde pour le reste de la journée, Sidonie ne trouva rien d’autre à répliquer que:

" - Oh oui alors, il très beau." Au terme duquel elle contint, non sans mal, un rôt saveur fayot.


Tout à son extase, Alissa ne décela pas la pointe d’ironie de sa supérieure hiérarchique cadençant leur avancée vers la rembauche d'un pas pressé.

"- Avec Thierry, on l’a payé 649 euros !"

Sidonie songea que sur un salaire de 1200 euros, et même avec l’apport de son homme de compagnie, 649 euros constituaient tout de même une putain de somme pour Alissa. Ce proxénète de Sofinco avait encore dû prendre le relais des désirs électroménagers de la jeunette en CDD. Fallait-il y voir les indices d'une libido chamboulée et le bouillonnement des passions provoqué par ces catalogues aux photos léchées pilonnant nos boîtes à lettres de leurs assauts érectiles ? Toujours est-il que Sidonie sentit poindre sur les lèvres d'Alissa une jouissance à peine dissimulée à la prononciation de cette phrase: 

" - Tu te rends compte: 649 euros !"

Ce à quoi Alissa ajouta avec l'assurance de faire mouche.

"  - Alors qu’il en vaut 1070 !"

Il en allait du frigo comme de l’accession à la propriété, le montant acquitté véhiculait un message capital. Il fallait que ce soit assez cher pour que la chose acquise n'apparaisse pas dévaluée aux yeux de l'interlocuteur, qu'elle impose le respect et vous place dans le camp des riches. Mais, il convenait dans le même temps de "faire une affaire" pour vous rassurer et prouver à l'entourage la supériorité de vos décisions sur le commun des mortels achetant, eux, à n’importe quel tarif sans passer soirs et journées à comparer, les inconscients. Reconnaissance sociale et affirmation de soi évoluaient dans l'enclos fermé d'une consommation calibrée. Ils dépensaient pour exister comme les autres, tout en affirmant dans la seconde d'après que, faisant ainsi, ils économisaient plus que les autres, forcément. Voilà qui, du bureau aux réseaux sociaux, des amis à la famille, meublait 70% des  conversations du monde de Sidonie. Le reste se dispatchant entre le descriptif de la dernière excursion en pack familial chez Disney, les +1 compulsifs des blagues anti-Hollande les plus éculées et la complainte sous forme de statut facebook d'avoir à payer trop d’impôts pour ces profiteurs d'assistés.


Dans le hall aux arbres en plastique du building de bureaux, Sidonie observait sans mot dire l'assistante adjointe dissertant sur la "révolution" du tiroir à agrumes connecté en wifi avec le panier virtuel de ses courses en ligne, dont elle avait dû par ailleurs ralentir fréquence et quantité car "la vie est vraiment trop chère". L’économie avait beau marcher sur la tête, les salariés stressés sauter par les fenêtres et les taux de perte, nommés "clodos", mourir de pauvreté dans nos rues: les stratèges de la publicité l’avaient finement joué. Les enfants de la croissance atone, ballottés volontaires d’un job à l’autre toujours moins payés, s’échangeaient désormais avec concupiscence les photos de leurs intérieurs aseptisés tels les diplômes encadrés du rêve américain enfin décroché.

Certes, le frigo américain ne s'obtenait qu'au sortir d'une confection asiatique au rabais dans un atelier d'esclaves et grâce au soutien intéressé d'un crédit à la conso bien français, tandis que la cuisine américaine, elle, n'était qu'une ruse immobilière pour construire une pièce de moins et habituer le locataire à vivre dans plus petit, mais Alissa puisait dans ces preuves de dépenses, chères mais pas trop, la force de continuer à croire en son élévation.  

Sidonie vagabondait en pensées sur ces amères ironies tout en pointant sur ce robot importé  rapportant l’assiduité des employés.

Les deux collègues redevinrent sérieuses alors que l'ascenseur les rapprochait du floor de leurs offices. La responsable vente secteur 6 repris mentalement le cours des affaires à traiter en TTU, "très très urgent", comme inscrit dans un courriel matinal lapidaire et néanmoins bourré de fautes d'orthographe posté par sa supérieure régionale, et notamment la question de l'annonce à 8 salariés de la non-reconduction de leur CDD. 

Liste en tête de laquelle figurait le nom d'Alissa. 

La douce voix synthétique leur annonça le bon niveau. Les deux collègues s'échangèrent un bref sourire de réconfort. Laissant d'abord s'échapper le souffle froid de la climatisation, les deux portes en inox gris glissèrent laissant apparaître le bac aux employés.


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Illus : 2001 a space odyssey, Alex Greenberg.